71. Les mutins étaient le plus souvent des ouvriers, des urbains

Les clichés les plus répandus sur la sociologie des indisciplinés et des mutins ont été véhiculés par la presse puis par la littérature. Les embusqués présumés bourgeois sont dénoncés sans relâche, les ouvriers sont soupçonnés d’indiscipline, les mercantis (commerce) sont critiqués somme profiteurs et les midis (soldats du sud) sont accusés de lâcheté. Les ruraux sont considérés comme des soldats fiables, durs à la tâche et obéissants. Pourtant toute cette conscience vive, souvent déformante des enjeux sociaux n’a donné lieu à aucune synthèse, ni étude d’envergure.

Les éléments dont disposent les historiens sont dans les comptes rendu de jugements de cours martiales. Les études ne peuvent porter que sur les unités ou groupes d’unités. Tout d’abord il existe plusieurs forme d’indiscipline, du manque de zèle jusqu'aux mutineries et au refus caractérisé d’obéir à un ordre direct en passant par des actes criminels, vols , pillages, bagarres, violence. Ensuite pour catégoriser les hommes, nous ne disposons que du métier qu’ils avaient déclaré exercer dans le civil à leur incorporation. Ainsi certaine profession comme menuisier, boulanger, ébéniste … ne nous renseignent pas sur leur qualité de salarié ou de chef d’entreprise.

Enfin il faut prendre en compte que dans les unités certaines tranches d’âges n’étaient pas forcément bien représentées. C’est le cas des plus vieux à la fin de la guerre. Certaines études montrent néanmoins une diversité des origines sociales des mutins et indisciplinés. Dans les délits les moins graves, insubordinations, attitudes outrageantes, les soldats plus âgés peuvent être un peu plus présents. Dans les mutineries, par contre les hommes mariés et les chargés de familles seraient moins représentés. Dans les condamnés à mort les commerçants, ouvriers et artisans seraient nombreux. Sachant que les ouvriers avaient le plus souvent une affectation à l’arrière dans des usines et qu’ils étaient peu nombreux au front. Les antécédents judiciaires semblent aussi jouer un petit rôle dans les mutineries. Il faut donc nuancer l’idée suivant laquelle les mutins étaient des soldats sans histoire. Les classes incorporées vers la fin de la guerre n’ayant pas connues le tout début du conflit et ses logiques d’obéissance spécifiques sont aussi bien présentes dans les mutineries. De même les vieux soldats éloignés depuis de nombreuses années de la discipline militaire ont pu avoir du mal à se plier aux codes et aux us militaires. Les professions les plus représentées dans certaines études sur les formes de désobéissance concernent plutôt des urbains, des techniciens, employés qualifiés (comptables, boulanger, boucher, garçon de café, employés de commerce, menuisiers …)

Les professions moins présentes dans les faits graves comme les mutineries sont les métiers avec peu de qualifications (maçon, terrassier, journalier, charretier …)