32 Les troupes africaines, chair à canon

On aurait sacrifié les noirs à la place de blancs dans les tranchées. Les années passent et les poncifs et les clichés n’en finissent pas de s’amonceler. Cette croyance a été alimentée par une littérature militaire, aussi par la propagande allemande. Connaissant aujourd'hui la soumission des peuples africains aux empires coloniaux britannique et français, et avec le filtre des luttes d’émancipations de peuples au XX siècle, on peut être enclin à adhérer à ce préjugé, persuadé que ces soldats étaient corvéables, déconsidérés et sans défense face aux exigences des états major. Et pourtant, ces idées ne sont aucunement attestées par les chiffres ni par l’ambiance de sortie de guerre. Les pertes des troupes noires sont plutôt inférieures sur l’ensemble de la guerre. De plus l’analyse montre que les tirailleurs sénégalais sont au moins autant atteints par les maladies pulmonaires que par les balles. Des mesures protectrices ont été prises dès 1915 en faveur des africains qui souffraient durement du froid. Ils étaient expédiés dans des camps d’hivernage. Il n’y a jamais eu de consignes et directives pour favoriser le recours aux troupes noires afin d’économiser le sang blanc. Beaucoup de tirailleurs ont vécu le premier conflit mondial avec un sentiment de fraternité réelle envers les soldats métropolitains.