Ceci est une ancienne révision du document !
Date de parution : juin 2012
On suit un jeune soldat allemand qui, au cours d’une offensive deviendra fou jusqu’à ce qu’il retrouve son enfant. Ce récit, muet est illustré par le texte d’une lettre d’un soldat français à son fils depuis sa tranchée. En face, l'allemand, l'ennemi. Philip Rieseberg et David Möhring – tous deux allemands – ont illustré les lettres envoyées par les Poilus par des images montrant les « boches », en face. Textes et images s'emmêlent, pour nous livrer une vision bilatérale d'une guerre absurde, cruelle, sanglante. On en vient à ne plus distinguer l'ami de l'ennemi, et ce parallèle du texte (en français et en allemand) avec les illustrations fait écho à cette question que pose l'un des soldats : qui est-il, l'autre, en face ? Est-il un homme comme moi ?Un livre bilingue franco-allemand. Voir l'émission sur ARTE-Metropolis / Die Sendung von ARTE-Metropolis schauen
Nous avons retenu ce livre car il pose la question “qui est l'autre celui en face” ? Cette question est subversive. Elle s'oppose au concept d'obéissance. “Humaniser son adversaire” cohabiter très mal avec “lui faire la guerre”.
“Les enfants de 9 ans, trop jeunes pour participer à la guerre, sont assez grands pour comprendre qu'ils auront plus tard la responsabilité d'en mesurer les conséquences et en appliquer les les leçons”
L'auteur de la lettre (un poilu français) passe son message à son enfant et donc à la postérité dont nous faisons partie, nous lecteurs. C'est une invitation claire et forte à la désobéissance dans le sens où l'auteur nous invite à être des acteurs par nous mêmes et de prendre nos responsabilités à la lumière de notre passé. Sous entendu ne pas rester passifs et ne pas obéir sans avoir réfléchi aux conséquences observées dans les guerres précédentes.
Ce message mis en forme ici par David Möhring et Philip Rieseberg nous met particulièrement mal à l'aise. D'abord il nous confirme que les acteurs de cette guerre sont impuissants et dépassés, nous enlevant toute illusion d'amélioration sur le court terme puisque le seul espoir repose sur les épaules d'enfants … Les adultes apparaissent comme une génération perdue. Ensuite le choix de mettre en scène des soldats allemands de la première guerre mondiale nous plonge dans un certain mal être. Les uniformes allemands nous rappellent ceux de 1940. Beaucoup de soldats qui les portaient pendant le deuxième conflit mondial, ont eu 9 ans pendant ou juste après la première guerre. Enfin le dessin très sombre, la pluie, les visages très impersonnels alimentent l'idée que tout est joué, l'obéissance nous a livré sans retour possible à la guerre et au malheur. (ouff!!! ça plombe tout cela :+(