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Date de parution : 16 Janvier 2013
« L’homme de l’année » est une série du label série B de Delcourt. A travers 7 tomes, l’éditeur nous propose de revivre l’histoire d’anonymes pendant des périodes clefs de notre histoire. Inconnus de tous, ces hommes ont marqué la mémoire collective. Dans ce premier tome, on suit l’histoire de Boubacar, un ivoirien travaillant dans une cacaoyère appartenant à la famille de Joseph, un colon blanc. Enrôlés tous les deux dans l’armée coloniale, ils rejoignent l’Europe. Une réelle amitié naît alors entre les deux hommes.
La Grande Guerre brise la vie de deux hommes que tout séparait, pourtant à jamais liés dans l'enfer des tranchées, Boubacar N'Doré et Joseph, son maître dans les plantations de Côte d'Ivoire. Le premier y laissera la vie et le second ne trouvera le repos avant d'honorer une dernière fois son camarade. En 1920, l'occasion s'offre à lui, suite à la décision d'inhumer un déshérité de la mort sous l'Arc de triomphe…
L'obéissance et l'adhésion de ces africains tirailleurs sénégalais pour la cause française prend son origine dans la contrainte mais les scénaristes nous montrent d'autres ressorts qui lient et attachent ces hommes à la france, leurs supérieurs à leurs conditions de combattants.
On relève que les auteurs de BD sont prolifiques en scènes de cérémonials, de prises d'armes et de défilés militaires. Peut-être parce les documents d'époques ont largement couverts ces manifestations militaires, aussi parce qu'elles sont visuelles. Nous sommes dans le domaine du symbole. Il faut incarner, rendre visible les valeurs de la république (devoir, patrie, honneur, liberté, courage …) Comme la Marseillaise notre chant nationale il s'agit de marquer les esprits, impressionner, convaincre de la légitimité de l'autorité de l'Etat. Nous sommes au coeur des enjeux d'obéissance et d'adhésion des citoyens soldats et plus généralement du peuple français à l'effort de défense.
Le soldat inconnu est une idée géniale qui utilise cette symbolique. Les auteurs ont raconté leur récit autour de cet enjeu. Ils vont nous montrer l'histoire qui se cache derrière le symbole, non sans une certaine ironie. Ils ont reproduit fidèlement le decorium de la cérémonie. Notons cette phrase placardée sur un mur et digne de notre marketing contemporain le plus efficace “ON NE PASSE PAS”. Slogan qui anticipe celui des républicains espagnols dans une autre cause “NO PASSARAN”.
L'Arc de triomphe encore tout un symbole. Peut importe qu'il nous vienne de Napoléon antithèse de la démocratie et de la société française en 1920. On touche ici au dogme de la France éternelle pour ne pas dire la croyance. L'obéissance ne peut s'imposer uniquement par un processus rationnel, tous les pouvoirs l'ont compris à toute les époques (encore plus la notre) investissent dans la COMMUNICATION.
Il existe un revers de la médaille si je puis m'exprimer ainsi. Dans d'autres contextes cette communication peut se retourner contre vous . Ainsi après la victoire des armées allemande en 1940, Hitler utilisera cet arc de triomphe pour faire défiler la Wehrmacht, traumatisant ainsi durablement les français qui entreront plus facilement dans la résignation et l'obéissance à l'occupant.
La société coloniale de 1914 est une société dans laquelle les ressortissants de la puissance colonisatrice assurent les fonctions de direction et d’encadrement. Ainsi pour obtenir l’obéissance de la part des peuples indigènes, les colonisateurs assurent leur encadrement, leur contrôle et si besoin leur répression. Dans cette scène au début de l’histoire, le personnage de Joseph s’attache le dévouement d’un de ses indigènes. Ainsi il lui propose un poste dans l’Armée, la perspective d’être entièrement sous son contrôle avec un moyen de pression sous la forme d’une répression possible de sa part envers la famille de l'indigène. La grande Histoire nous montrera que ces contraintes d’obéissance se sont retournées à terme contre les puissances colonisatrices . Les indigènes ainsi enrôlés ont gagné en savoir, en compétence et compréhension des enjeux géo-politiques. Mal reconnus et mal récompensés, certains d’entre eux deviendront les leaders des guerres d’indépendance à venir.
Dans la réalité historique, ce qui n'est pas explicité dans cette bande dessinée et dans beaucoup d'autres c'est que les troupes noires n'ont pas fait l'objet de traitements spécifiques de la part du haut commandement militaire sauf pendant les mois d'hiver où elles étaient cantonnées à l'arrière pour les préserver du froid qu'elles supportaient trés mal.
Dans la bandes dessinées les auteurs portent un regard sur les troupes coloniales à travers le filtre de l'histoire du XX siècle qui porte les luttes d'indépendance des pays africains et les luttes contre le racisme.
Le « culte de l'offensive » avait déjà ses opposants avant la guere mais ils étaient minoritaires. Même si leur nombre croît rapidement avec les échecs de l'armée française en 1914 et tout au long de la guerre, les officiers supérieurs comme dans cette scène se contentent le plus souvent d'exprimer leur désapprobation en privé (devant leur officiers sublaternes) ou dans leurs écrits personnels (correspondances privées, journaux intimes, mémoires). C'est aussi le cas des officiers de l'armée allemande.
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Une trouvaille humoristique de nos scénaristes qui identifient le personnage principale de leur histoire comme l'individu qui aurait servi de modèle pour le personnage de la publicité Banania.
On peut voir dans cet humour un regard ironique sur sur le destin de cet individu ancien indigène africain. Cet homme qui a gagné son émancipation et sa dignité dans l'obéissance et l'oberservance des règles du pays colonisateur se retrouve à son insu une effigie de marketing.
Le marketing est une science pour succiter et imposer des besoins de consommation chez les citoyens. Ainsi les individus entrent souvent à leur insu dans une démarche d'obéissance induite pour leur mode de consommation et pour leur mode de vie.
L'ironie va encore plus loin quand on sait que dans cet histoire, cet homme est aussi le soldat inconnu ! (désolé de spoiler …) Il rapproche donc ces 2 notions, le consumérisme et le sens du devoir, l'obéissance à l'Etat …