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Date de parution : 15 Février 2006
1917, sur la ligne de front franco-allemande : les tranchées… L'offensive débute, les bombes pleuvent sur les tranchées. Porteur d'un message pour l'État-major, Sauveur est contraint de se réfugier dans un abri de fortune. Le spectacle qui l'attend est surprenant. Un groupe d'hommes s'est massé autour d'un cadavre. Un soldat gît dans la boue, un poignard planté dans le dos. Son instinct de policier resurgit aussitôt ! Sauveur s'accroche à ce crime comme un noyé à une bouée, se lançant dans une enquête frénétique. Avec le fol espoir d'oublier l'horreur qui l'entoure, il se jette à corps perdu dans le défi qu'il s'est lancé. Sans relâche, Sauveur traque une vérité qui semble déjà n'intéresser plus personne.
Notre héros gendarme arrive dans une tranchée ou l'ordre, la discipline et plus généralement les valeurs morales sont assez éloignés de ses propres repères, lui jeune officier qui monte au feu pour la première fois.
On se doute bien que dans cette promiscuité de millions d'hommes au front se produisaient de nombreux délits. Règlements de comptes, vols, trafics, viol, meurtres rackets … Les auteurs nous montrent ici une réalité peu représentée dans la BD, faites de délits de droits communs qui nous rappellent le monde carcéral d'autant plus que l'histoire se passe en grande partie dans un abris et peut se lire comme une pièce en huis clos.
La solidarité apparaît dans cette scène, les hommes refusent dénoncer le meurtrier. Plusieurs hypothèses soit ils sont complices, ils ont peurs de représailles ou peut-être ne veulent-ils pas s'impliquer en aidant un système et une justice qui n'ont plus de légitimité à leur yeux.
La religion comme refuge était perçue par les anticléricaux comme un instrument pour tromper l'individu et le maintenir dans sa condition.
Ce genre de scène est à notre connaissance unique dans la BD contemporaine. Elle nous parle d'abus sexuels dans les tranchées et nous renvoie au rapports contraints dans le monde carcéral entre les prisonniers.
A l'ordre officiel incarné dans cette scène par le lieutenant de gendarmerie se substitue un ordre et des règles négociés propres au groupe, admises ou imposées tacitement et non formalisées. Les hommes se font justice eux même et règlent leur différents en écartant l'autorité de tutelle. Ces groupes sont alors en danger moral et psychologique. Soumis à la pression et aux traumatismes de la guerre dans les tranchées, ils reproduisent un ordre où la violence est un des éléments clef.
Dans la scène illustrée ici ils se déchaînent sur un prisonnier de guerre et désobéissent ainsi à leur devoir.
Pour les combattants, au-delà de la confrontation avec la mort et à la souffrance, les contraintes subies et vécues comme illégitimes sur le long terme, l'arbitraire (positif: la libéralité, ou négatif: le refus) qui s'exerce dans un cadre coercitif par l'armée, sont des violences au quotidien qu'ils ne peuvent plus supporter. Ils sortent donc de ce cadre institutionnel militaire pour s'isoler psychologiquement où retrouver un cadre de groupe, de bande qui les mettra en porte à faux avec leur devoir d'obéissance.