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Mauvais genre

Auteurs : Chloé Cruchaudet

Date de parution : 18 septembre 2013

Fauve d'Angoulême prix du public Cultura 2014

Paul et Louise s'aiment, Paul et Louise se marient, mais la Première Guerre mondiale éclate et les sépare. Paul, qui veut à tout prix échapper à l'enfer des tranchées, devient déserteur et retrouve Louise à Paris. Il est sain et sauf, mais condamné à rester caché dans une chambre d'hôtel. Pour mettre fin à sa clandestinité, Paul imagine alors une solution : changer d'identité. Désormais il se fera appeler Suzanne. Entre confusion des genres et traumatismes de guerre, le couple va alors connaître un destin hors norme. Inspiré de faits réels, Mauvais Genre est l'étonnante histoire de Louise et de son mari travesti qui se sont aimés et déchirés dans le Paris des Années folles.

Ce livre était incontournable dans notre sélection. Il met en avant une situation de désobéissance vis à vis de l'institution militaire mais aussi de désobéissance aux normes sociétales. Nous découvrons une vie parisienne pendant la grande guerre bien loin des images habituellement rapportées par les historiens et la littérature.

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page 6

★ Lire Thème 91

En 1914 les jeunes filles doivent aussi obéir aux convenances, aux usages et aux conseils de leurs mères. Mauvais genre est un livre qui nous parle de désobéissance, du refus des deux personnage principaux de rentrer dans le moule. Au début de l'histoire Chloé Cruchaudet nous présente son héroïne comme une jeune fille dans la norme, rebelle avec sa mère comme la majorité de ses congénères quand il s'agit d'aller au bal.

A cette occasion à travers les conseils maternelles elle nous donne un aperçu de la condition de la femme en 1914. La soumission est la règle pour la gente féminine. La désobéissance aux règles, l'indépendance sont dénoncées comme étant vulgaires.


page 7

★ Lire Thème 91

Par opposition l'auteur nous montre la même scène de départ au bal chez un jeune homme. On remarque tout de suite que le comportement maternelle est très différent. Le jeune homme est valorisé, entouré d'attentions et rassuré sur son pouvoir de séduction. L'auteur souligne ainsi les différences d'éducation entre les filles et les garçons. Alors que l'obéissance et la soumission seraient des qualités chez les filles, c'est la désobéissance à la morale et l'indépendance qui seraient appréciées chez les garçons.


page 17

★ Lire Thème 91

Ici l'auteur nous montre une société où les règles de droit et les règles morales sont très liées. Si vous n'officialisez pas votre union devant monsieur le maire vous risquez la marginalisation et vous perdez un certain nombre de droits au regard de la loi.

Chloé Cruchaudet veut nous présenter ce couple normal au début de son histoire respectant la règle comme la très grand majorité de ses concitoyens. Le dessin volontairement emprunt de lyrisme républicain souligne le poids de l'institution du mariage en 1914.


page 19

★ Lire Thème 11

L'ordre et la prestance sont des liés de tout temps à l'obéissance. Ici l'auteur nous montre aussi en 1914 que la prise en main et l'embrigadement des citoyens soldats. Le dessin sobre et aéré traduit une impression d'efficacité et de force. Nous ne soulignerons jamais assez l'importance de marquer les esprits pour obtenir l'obéissance. De ce sentiment de force et d'efficacité, le politique et l'institution militaire voulaient rassurer la population et ainsi la convaincre d'adhérer plus facilement à l'effort de guerre.


page 20

★ Lire Thème 11

L'encadrement n'hésite pas à interpeller directement les combattants pour les mettre en face de leurs responsabilités vis à vis de la société (la patrie). On enferme ainsi le psychisme du soldat dans un système de valeurs dont il aura du mal à s'affranchir sans culpabiliser.

Si en 2014 il serait difficile de motiver des personnels avec ce genre d'apostrophe, la technique reste néanmoins très efficace en empruntant d'autres formes. Les employés et cadres de certaines entreprises en sont parfois les victimes.


page 21

★ Lire Thème

Le regard et les attentes de la société envers ses défenseurs exercent une pression permanente sur le combattant. Décevoir ses proches, ses amis, son pays est difficile à assumer. Cette pression est souvent sous estimée dans la compréhension de l'obéissance en 1914. Pourtant aujourd'hui dans d'autres domaines comme le sport , nous pouvons mesurer ce phénomène quand il s'exerce sur des sportifs de jeux collectifs lors de rencontres internationales.

La Bande dessinée et particulièrement ici Chloé Cruchaudet rend compte du prestige de l'uniforme en 1914. On s'est longtemps battu dans les armées sans uniforme. Si il permet aux protagonistes de se reconnaître il a aussi pour vocation de faciliter l'obéissance et la discipline dans les troupes. Il développe le sentiment d'appartenance, et renvoie le combattant à son statut de membre d'un groupe dans lequel il doit se fondre et oublier toute velléité individualiste.

Que cet uniforme soit beau et coloré était donc important pour remplir son office. Ce n'est qu'au bout d'une année de guerre que l'on prendra en compte les besoins fonctionnels et pratiques d'un combattant avec la tenue bleu horizon.


page 26

★ Lire Thème

Là encore l'auteur nous montre que les soldats entre eux, pour se motiver et s'encourager reprenaient à leur compte les attentes de la société envers ses défenseurs. Ici le personnage principal fait miroiter à son camarades la reconnaissance et la satisfaction qu'il retirera de son courage et de sa détermination à se battre. Il aura plus tard l'occasion de s'en repentir quand il prendra conscience de la responsabilité qu'il a prise en exerçant une pression morale sur son copain.

Dans les tranchées, le regards de l'autre, son congénère contribue à porter et relayer toutes les attentes du groupe sur l'individu. L'officier sait qu'il est observé et jaugé par ses hommes. De même les soldats savent qu'ils sont évalués et jugés par leurs chefs et leur camarades.


page 29

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Les cas de mutilation, procédé pour échapper à la condition de combattant étaient extrêmement surveillés. Beaucoup d'auteur les évoquent, c'est du pain béni pour alimenter leurs histoires sur le plan dramatique et mettre en exergue la désespérance de leurs personnages.


page 33

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Surenchère ici dans la prise de risque et dans la duplicité du personnage pour échapper à la guerre. A noter que peu de BD contemporaines cautionnent des héros qui se défilent.

Même si le héros est en rupture avec le monde en guerre, il ne peut être lâche. On nous montre des pauvres types victimes de leur devoir, des salopards le plus généralement gradés, éventuellement des jeunes recrues pas à la hauteur mais jamais de braves types se comportant en lâche ou usant de duplicité.

Notons le cas particulier de la série 14-18 qui évoque un cas de simulation présumée. Un des héros de la série est victime d'une blessure qui doit lui valoir une grande permission à l'arrière. Il est intéressant de voir ses camarades douter de la légitimité de cette blessure. Le lecteur partage aussi ce doute qui ne sera pas complètement levé plus tard par les scénaristes. Peut-être n'ont ils pas voulu prendre le risque de discriminer leur personnage aux yeux de leurs lecteurs ?

Donc très clairement nous identifions une pudeur chez les auteurs à faire accomplir des actes hors du champ de la morale du lecteur. Certains comme Tardy, Pat Mills ont pour principale motivation la dénonciation de la guerre. Il est certainement risqué de choquer ou de déranger le lecteur et ainsi de le détourner du message que l'on veut lui transmettre. Dans le cas de la grande guerre de Charly, Pat Mills a du composer en Angleterre avec ses éditeurs et avec un public dans ce pays plus jeune, moins averti en bande dessinée. Il a du auparavant résister aux pressions des révisionnistes qui nient certains faits historiques dérangeants.


page 72

★ Lire Thème

Nous avons porté un intérêt particulier à cette scène emblématique des anciens combattants. Quatre ans de guerre ont manifestement usé et abîmé ce soldat qui rentre vivant des combats. Il avoue que cette expérience l'a affaibli et détruit. Cependant il exprime fortement sa désapprobation et son rejet de son camarade qui a désobéi et s'est défilé pour ne pas vivre le même enfer. Il est pourtant le mieux placé pour comprendre la désertion. L'auteur nous laisse interpréter ce comportement. Est-il motivé par le sentiment d'avoir été abandonné, le sentiment d'être le dindon de la farce puisque qu'il n'a pas désobéi lui ou peut-être est-il dérangé par la tenue de travesti de sons ancien compagnon ?


page 109

★ Lire Thème

Non seulement notre héros désobéi pour fuir l'armée et brave la loi et les interdits moraux mais en plus il assume une sexualité hors norme, provoquante et potentiellement perçue comme insultante vis à vis de tous ses camarades restés sur le front défendre le pays.

Pourtant le lecteur ne juge pas ce personnage historique (qui a existé), eu égard à son expérience de la guerre avant qu'il ne déserte et des traumatismes qu'il en a retirés. Cette course addictive aux plaisirs (alcool, sexe, transgression des interdits …) qui le détruira, est présenté dans ce livre comme le résultat de l'obéissance, il est parti en guerre, accomplir son devoir qui l'a détruit même après l'avoir fui.

Le vrai message potentiellement subversif de notre auteur reste là : on ne survit pas à une guerre même si on en sort physiquement sain.


mauvais_genre.1441828467.txt.gz · Dernière modification: 2015/09/09 21:54 par clemenceau