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On exigeait plus de certains soldats en fonction de leurs origines ...

1 Bretons, flamands et corses ont été sacrifiés, Les troupes africaines, chair à canon

Il existe une opinion qui veut que les soldats originaires de certaines régions aient été sacrifiés à la guerre, plus que d’autres. Les flamands en Belgique et les bretons et les corses en France. Cette croyance s’appuie la conviction que ces régions étaient victimes de préjugés, considérées comme sous développées, sous l’emprise de la religion et des superstitions. Leurs soldats étant de fait plus serviles et obéissants. Cette croyance participe aujourd’hui encore aux sentiments identitaires régionalistes. Pourtant les chiffres des tués à la guerre ne distinguent aucune région. Le principe de l’unité nationale en vigueur en 1914_1918 de mobiliser toutes les énergies de la nation a bien été respecté sur ce plan.

On aurait sacrifié les noirs à la place de blancs dans les tranchées. Les années passent et les poncifs et les clichés n’en finissent pas de s’amonceler. Cette croyance a été alimentée par une littérature militaire, aussi par la propagande allemande. Connaissant aujourd'hui la soumission des peuples africains aux empires coloniaux britannique et français, et avec le filtre des luttes d’émancipations de peuples au XX siècle, on peut être enclin à adhérer à ce préjugé, persuadé que ces soldats étaient corvéables, déconsidérés et sans défense face aux exigences des états major. Et pourtant, ces idées ne sont aucunement attestées par les chiffres ni par l’ambiance de sortie de guerre. Les pertes des troupes noires sont plutôt inférieures sur l’ensemble de la guerre. De plus l’analyse montre que les tirailleurs sénégalais sont au moins autant atteints par les maladies pulmonaires que par les balles. Des mesures protectrices ont été prises dès 1915 en faveur des africains qui souffraient durement du froid. Ils étaient expédiés dans des camps d’hivernage. Il n’y a jamais eu de consignes et directives pour favoriser le recours aux troupes noires afin d’économiser le sang blanc. Beaucoup de tirailleurs ont vécu le premier conflit mondial avec un sentiment de fraternité réelle envers les soldats métropolitains.

Force est de reconnaître que la bande dessinée ne verse pas dans ce cliché. Même le cas des troupes indigènes est abordé avec un souci de la réalité historique.

Ainsi l'album l'homme de l'année 1917 nous montre l'évolution des mentalités pendant le conflit chez ses personnages principaux, l'ancien maître et l'ancien colonisé.

La bande dessinée participe ainsi à une meilleure compréhension de ce conflit. Il s'agissait bien de sociétés évoluées, dites “civilisées” et démocratiques pour le camp des alliés, qui ont fait ces choix de la violence et de la guerre.


La grippe coloniale volume 2 page 34

La condition d'homme noir en 1914 était liée à de nombreux préjugés dans les populations européennes. Perçus comme des bons ou mauvais sauvages suivant qu'on était français ou allemands, on ne peut cependant relever de spécificités dans la façon dont les troupes coloniales ont été commandées.

Relevons ici que les auteurs ne manquent pas l'occasion de confronter leur personnage à un supérieur raciste. Cela relève d'un parti pris anti-militariste.

L'homme de l'année 1917 page 9

La société coloniale de 1914 est une société dans laquelle les ressortissants de la puissance colonisatrice assurent les fonctions de direction et d’encadrement. Ainsi pour obtenir l’obéissance de la part des peuples indigènes, les colonisateurs assurent leur encadrement, leur contrôle et si besoin leur répression. Dans cette scène au début de l’histoire, le personnage de Joseph s’attache le dévouement d’un de ses indigènes. Ainsi il lui propose un poste dans l’Armée, la perspective d’être entièrement sous son contrôle avec un moyen de pression sous la forme d’une répression possible de sa part envers la famille de l'indigène. La grande Histoire nous montrera que ces contraintes d’obéissance se sont retournées à terme contre les puissances colonisatrices . Les indigènes ainsi enrôlés ont gagné en savoir, en compétence et compréhension des enjeux géo-politiques. Mal reconnus et mal récompensés, certains d’entre eux deviendront les leaders des guerres d’indépendance à venir.

L'homme de l'année 1917 page 20

Dans la réalité historique, ce qui n'est pas explicité dans cette bande dessinée c'est que les troupes noires n'ont pas fait l'objet de traitements spécifiques de la part du haut commandement militaire sauf pendant les mois d'hiver où elles étaient cantonnées à l'arrière pour les préserver du froid qu'elles supportaient très mal.

Dans la bandes dessinées les auteurs portent un regard sur les troupes coloniales à travers le filtre de l'histoire du XX siècle qui porte les luttes d'indépendance des pays africains et les luttes contre le racisme.

L'homme de l'année 1917 page 64

Une trouvaille humoristique de nos scénaristes qui identifient le personnage principale de leur histoire comme l'individu qui aurait servi de modèle pour l'icône de la publicité Banania.

On peut voir dans cet humour un regard ironique sur sur le destin de cet individu. Cet homme qui a gagné son émancipation et sa dignité dans l'obéissance et l'observance des règles du pays colonisateur se retrouve à son insu une effigie de marketing.

Le marketing est une science pour susciter et imposer des besoins de consommation chez les citoyens. Ainsi les individus entrent souvent à leur insu dans une démarche d'obéissance induite pour leur mode de consommation et pour leur mode de vie.

L'ironie va encore plus loin quand on sait que dans cet histoire, cet homme est aussi le soldat inconnu ! (désolé de spoiler …) Il rapproche donc ces 2 notions, le consumérisme et le sens du devoir, l'obéissance à l'Etat …

33 Les méridionaux de piètres soldats, moins disciplinés

En août 1914, deux unités françaises constituées de Lorrains et de marseillais, flanchent. Au début de la guerre les autorités cherchent des boucs émissaires et comme on veut épargner les lorrains en partie sous occupation allemande, les « soldats du midi » sont dénoncés et mis au banc des médias. Les hommes politiques, les médias se déchaînent. Cette stigmatisation du sud vient de très loin. Depuis le démarrage de la révolution industrielle les peuples du sud de l’Europe sont dépréciés. Déjà Montesquieu théorisait sur le climat, mais aussi les apologistes du racisme « scientifique » de la fin du XIX siècle ont contribué à considérer les méridionaux comme des peuples sous-développés aimant le farniente mais pas le travail et défendre la patrie. Ce n’est pas un hasard si le personnage de Alphonse Daudet, Tartarin de Tarascon a connu un tel succès depuis 1872.

La stigmatisation des méridionaux n'est pas présente dans les bandes dessinées. Un album “La faute au midi” y est cependant consacré entièrement pour réhabiliter les accusations liées aux premières défaites de la guerre. Ce préjugé bien ancré dans la société de 1914 mériterait plus d'intérêt de la part de la bd et de la littérature. Il fait écho à bien des préjugés de l'époque actuel. La faute au midi nous montre comment une injustice peut s'installer avec la complicité ou la passivité du plus grand nombre.

La faute au midi page 14

Le thème du bouc émissaire. On voit trés bien ici que les soldats méridionnaux sont victimes de la duplicité de Foch qui cherche à expliquer sa défaite par une défaillance des troupes. Cependant l'auteur nous montre qu'il ne s'agit pas d'une stratégie ou d'un calcul prémédité mais bien d'une opportunité pour fuir ses responsabilités. Il n'y a pas à la base une volonté délibérée de l'institution militaire de traiter différemment les troupes en fonction de leurs origines.

La faute au midi page 6

Dans la société de 1914 les méridionaux étaient victimes de préjugés véhiculés par les journaux et la littérature. Ces préjugés ont-ils disparus aujourd'hui :?:

synthese03.1444572887.txt.gz · Dernière modification: 2015/10/11 16:14 par clemenceau