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synthese09

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8 En 1914 une société avec peu de libre arbitre et donc des individus malléables.

Si la transgression est rare et surprenante, cela ne veut pas dire que l’obéissance en guerre aille de soi, en 1914-1918 comme dans d’autres conflits du XX siècle. Les situations de guerre modifient en effets les règles du jeu social.

Dans l’institution militaire l’individu est amené à renoncer à ses comportements et postures sociales de sa vie civile. Pour affronter et exercer la violence, épreuve fondamentale qui interdit de penser l’obéissance. Cependant l’obéissance n’est jamais absolue. Il y a toujours une marge, des ajustements, des interprétations qui sont au cœur justement des récits et des histoires. Cette part de libre arbitre aussi petite soit-elle débouche souvent sur des interrogations sur le partage des responsabilités. Peut-on toujours se justifier à partir d’ordres reçus … ? Le devoir est-il toujours compatible avec la morale et avec le légitime ?

Les auteurs de bande dessinées sont prolifiques sur tout ce qui touche au libre arbitre, à la condition des individus (Pression morale, religion, devoir, conscience, culpabilité). Nous sommes au coeur des intrigues dans les scénarios. Cette diversité des situations, des personnages alimente l'imagination des scénaristes et nous renvoie nous les lecteurs à notre propre vécu. A cette époque aussi dans un contexte pas toujours aussi éloigné de celui de notre époque, la question du libre arbitre était présente et bien souvent à l'origine de belles histoires.

Obéir page 12

“Il dissimule mal une certaine impatience à se rendre utile”. (analyse de Verbrugge par son supérieur)

Ici nous apprenons que notre personnage principal demande à reprendre du service actif. Verbrugge est un engagé volontaire. Il n'avait pas de métier et d'activité précise. la guerre lui a certainement donné un rôle et un sens à sa vie. L'auteur nous montre que l'obéissance peut répondre à un besoin ou représenter pour certains une fuite ou un refuge. Des motivations donc plus complexes qui interviennent dans le champ du libre arbitre.

Mattéo page 13

Le regard des autres pèse sur les jeunes garçons. C’est une vrai pression sociale qui s’exerce sur les hommes en âge de combattre visant à les faire culpabiliser si ils ne se battent pas . En Angleterre avant la conscription obligatoire les jeunes filles distribuaient des plumes (en référence aux poules mouillées) aux jeunes hommes qui n’étaient pas au front. L'armée anglaise n'a pas eu besoin de recourir à la conscription les deux premières années du conflit.

Obéir page 18

Ici la femme du bourreau décide pour son mari, elle est sensible à la façon dont est présentée la mission. Les papiers officiels confèrent un degré d'importance et une reconnaissance pour son mari (et sa famille). La manipulation des egos permet aussi de se faire obéir.

Obéir pour être reconnu.

Mattéo page 38

Cette scène est intéressante. Elle montre des combattants qui prennent une distance par rapport au discours officiel (et notamment celui de la presse). L’humour et l’ironie leur donnent même une certaine liberté de parole malgré la présence et les intimidations de la hiérarchie. Ce comportement ouvertement indiscipliné peut surprendre dans la mesure où les auteurs de BD nous montrent beaucoup plus dans leurs scénarios la censure et la coercition exercées sur les soldats.

Mattéo page 50

Les médailles étaient souvent très appréciées et ici le héros se distingue de la norme en témoignant son peu d'intérêt pour cette reconnaissance. Les hommes du rang ne recevaient pas la légion d'honneur réservée aux officiers. Clairement les auteurs font référence ici à un antimilitarisme plus récent. L'auteur de Bandes Dessinées, référent sur la grande guerre, Jacques Tardi n'a t-il pas refusé récemment cette légion d'honneur ?

Le roi cassé page 20

Le citoyen soldat ne s’appartient pas, il doit tout donner aux autres et à la patrie. Le psychisme du soldat est alors inséré dans un système de valeurs qui lui impose une conduite, un comportement auxquels il ne peut déroger sans culpabiliser ou abandonner de son estime de soi. « Désobéir s’est trahir la patrie , sa famille et ses camarades » Le discours militaire a su insérer dans la psychologie du combattant, le jeu complexe des regards des autres. Celui du chef mais aussi ceux des alter ego-soldats et celui que l’on porte sur soi.

Le soldat Virjusse est ici complètement prisonnier des attentes de sa hiérarchie. Il fait ce que l'on lui demande sans être convaincu, il préfèrait sans doute ne pas être impliqué, conscient qu'il n'a pas son destin en main.

Le roi cassé page 26

Il y a beaucoup d'humour dans cette scène où le soldat Virjusse est dépassé par la situation, héros malgré lui. Ici c'est la famille, les voisins , l'homme de la rue qui l'adulent. En même temps on trouvera un coté tragique dans la situation de ce soldat. Il ne s'appartient plus, il doit faire face à toutes les attentes de la société, y compris celle de ses proches, il est prisonnier du rôle qui lui a été assigné.

Dumontheuil nous a confirmé ne pas avoir eu d'objectif historique dans cette bande dessinée, pourtant il tape juste sur ce point. Le combattant de 1914 appartenait à une société qui lui donnait un statut avec beaucoup de contraintes.

(voir début de Mattéo, où le héros non encore combattant doit faire face aux reproches à peine déguisés de sa fiancée)

Le roi cassé page 59

Le héros à la page 59 décide enfin de recouvrir son libre arbitre. Il se rebelle mais il est trop tard, il est prisonnier au sens figuré comme au sens propre. Condamné à obéir …

Série 1914-1918 volume 1 page 19

Une société avec ses contradictions où la religion et la morale tiennent le haut du pavé mais avec lesquels on prend facilement des libertés. les auteurs savent nous le rappeler.

Série 1914-1918 volume 3 page 13

Le supérieur explique à son caporal les contraintes du commandement. Ordonner c'est faire la synthèse de consignes, de sollicitations et de principes très souvent opposés et contradictoires. On peut dire que celui qui commande obéit lui même à beaucoup de contraintes et d'usages. IL situe l'obéissance non pas dans un principe hiérarchique , relation commandant-commandé mais dans l'adhésion ou non de l'individu à sa fonction et les charges qui lui incombent.

Là aussi on retrouve l'argumentation de l'école du consentement.

Ambulance XIII volume 1 page 19

Nous sommes ici dans une transgression du règlement. les auteurs nous présente un personnage qui est d'abord efficace et compétent avant d'être respectueux des règles. Les auteurs induisent donc une hiérarchisation des qualités du héros. L'obéissance n'étant pas une qualité de premier ordre. Elle est même souvent associée à des personnages rigides, incompétents, bornés et donc dangereux pour ceux qui dépendent de leurs décisions. La transgression est donc valorisée puisqu'elle est censée servir l'intelligence.

Donc nous voilà avec un héros jeune, beau, indiscipliné et intelligent … trop forts ces auteurs ;-)

Ambulance XIII volume 1 page 38

Notre héros montre sa détermination. Il fait preuve d'une initiative hors des usages établis (il était interdit de “prendre langue” avec l'ennemie sous aucun prétexte). Il fait valoir des considérations humanitaires, ce qui le place au yeux du lecteur bien au-dessus du caporal, simple exécutant.

Donc prendre une initiative induit une prise de risque, celui d'être considérer comme un réfractaire. le paradoxe se situe quand l'officier monte le ton pour affirmer son autorité. Le caporal est donc placer devant un dilemme : soit obéir à l'injonction et donc désobéir aux règles, soit désobéir au lieutenant pour respecter le règlement … Il va donc devoir trouver une stratégie pour sortir de ce dilemme et éviter son implication.

Ambulance XIII volume 2 page 13

Des femmes soumises et dominées par leurs maris dans ce milieu bourgeois. Les auteurs nous montrent les parents du héros, la vieille génération du XIX siècle. Notons que pour ces bourgeois l'importance qu'ils accordent à la déconsidération sociale si leur fils se détournait de son devoir.

L'émancipation des femmes s'annonce pendant la première guerre mondiale avec les suffragettes, l'accès des femmes à beaucoup de professions, l'accès aux études … Les auteurs transcrivent ces évolutions dans les 2 personnages féminins de l'histoire. Une jolie bonne soeur infirmière et une jolie artiste très délurée aux meurs légères. Ces stéréotypes féminins sur la désobéissance sont intemporels. Sous le couvert de caractères bien trempés ces personnages de femmes obéissent néanmoins aux canons féminins modernes.

Ambulance XIII volume 2 page 25

la femme inaccessible pour notre héros. Vraiment rien ne va pour lui. Les auteurs utilisent une vieille corde scénaristique qui a fait ses preuves dans les grands classiques, celle de “l'amour impossible”.

Nos tourtereaux vont-ils braver les interdits et désobéir à leurs principes ? l'amour est-il plus fort que tout ?

A noter quand même qu'accessoirement cela se passe pendant la guerre de 14 ….

La grande guerre de Charlie volume 1 page 214

Obéir ou désobéir, Ce cas de conscience est très présent chez Pat Mills. L'individu doit oublier ses repères moraux de sa vie civile pour agir suivant les préceptes inculqués par l'institution militaire.

Une des spécificités de cette série réside dans le parti pris de Par Mills de nous montrer fréquemment des personnages secondaires qui prennent sur eux de ne pas suivre les ordres quand le bon sens ou leur humanisme leur dictent le contraire. Pour moi c'est certainement une des clef du succès de cette série qui montre dans ce contexte déshumanisé et apocalyptique de la guerre, des comportements positifs et exemplaires. Ce qui n'est finalement pas si courant chez les autres auteurs.

La grande guerre de Charlie Volume 1

L'obéissance quand elle exclue la réflexion et l'intelligence relève du conditionnement, du mimétisme. Elle économiserait à l'individu des états d'âme, de se retrouver face à ses peurs et de gamberger.

Aucune statistique ne montre que les gens les plus stupides avaient une espérance de vie plus longue dans les guerres. Au contraire, on a vu que les combattants réfléchissaient beaucoup à développer des stratégies personnelles pour être moins sollicités et s'exposer le moins possible au feu.

Par contre les premiers jours au front étaient cruciaux. L'inexpérience était fatale et peut-être que ceux qui s'adaptaient vite en prenant de la distance par rapport à leur nouvelle condition de combattant, avaient effectivement plus de chance de passer le moment critique des débuts.

Putain de guerre page 18

Ce dessin magnifique de l'artiste évoque une colonne de condamnés, d'animaux qui partent à l'abatoire. Cette file ininterrompue qui s'enfonce vers l'horizon, avec les couleurs rouge sang qui passent et qui se ternissent dans le crépuscule nous impressionne fortement.

Un troupeau sans libre arbitre ? serait-ce une message de Jacques Tardy ?

La mort blanche page 39

Ici s'opposent les deux personnages principaux de l'histoire.

D'une part un sous-officier récemment promu lieutenant, qui devant les risques encourus, la souffrance de sa condition de combattant , l'absurdité du système de classe, décide de retourner la situation à son avantage en utilisant et sacrifiant ses hommes pour servir sa promotion. A contrario, l'autre personnage est un caporal qui subit la guerre. Il réfute la légitimité du combat qu'on lui impose. Il n'est pas dupe du comportement de ses supérieurs et conserve une attitude critique vis à vis des ordres qu'on lui donne.

A porter au crédit de l'auteur, ce personnage est un rebelle malgré lui ou plutôt un rebelle de circonstance. Il n'a rien d'un insoumis romantique. Ses motivations n'épousent pas de grandes causes humanistes ou politiques bien loin des clichés simplistes. L'histoire de MORRISON Robbie est intemporelle et pourrait se décliner dans d'autres contextes historiques.

La ligne de front page 22

Aujourd’hui qui accepterait de sortir des tranchées ? Ces soldats se savaient condamnés face à des mitrailleuses. Larcenet nous montre la peur qu'ils ressentent, il dessine cette peur, il montre mais ne donne aucun élément d'explication à la docilité des soldats. De même beaucoup d'autres auteurs comme Tardy avouent ne pas avoir d'explication, la contrainte ne pouvant pas tout expliquer de ce comportement des poilus.

Deux écoles d'historiens s'affrontent ; Celle du consentement patriotique plus ancienne et celle du Collectif de Recherche International et de Débat sur la guerre de 1914-1918, le Crid 14-18. A leurs yeux, les poilus hésitent sans cesse entre tenir le front et éviter de se faire tuer et donc entre obéir et désobéir.

Notre mère la guerre page 163

Jeux complexes de regards croisés sur l’individu

Entre 1870-1914 le discours officiel militaire insère progressivement dans la psychologie du citoyen-soldat le poids du regard des autres. Des alter ego soldats, du chef, du regard sur le chef, sur le groupe, des citoyens civils. Le regard des siens et des concitoyens doit maintenir l’individu soldat sous pression et favoriser la consolidation du sentiment de solidarité et du devoir d’obéissance.

Alors que la tension est portée au plus haut point, qu'une insurrection et un carnage peut subvenir à tout instant, ce train de civil vient s'interposer entre les permissionnaires et la police militaire. Là encore, nous voyons que là où la contrainte allait échouer, le regard des civils, de ceux de l'arrière vient interrompre le processus de violence. Les mutins en devenir sont immédiatement assaillis de culpabilité.

Mauvais genre page 7

Par opposition l'auteur nous montre la même scène de départ au bal chez un jeune homme. On remarque tout de suite que le comportement maternelle est très différent. Le jeune homme est valorisé, entouré d'attentions et rassuré sur son pouvoir de séduction. L'auteur souligne ainsi les différences d'éducation entre les filles et les garçons. Alors que l'obéissance et la soumission seraient des qualités chez les filles, c'est la désobéissance à la morale et l'indépendance qui seraient appréciées chez les garçons.

Mauvais genre page 17

Ici l'auteur nous montre une société où les règles de droit et les règles morales sont très liées. Si vous n'officialisez pas votre union devant monsieur le maire vous risquez la marginalisation et vous perdez un certain nombre de droits au regard de la loi.

Chloé Cruchaudet veut nous présenter ce couple normal au début de son histoire respectant la règle comme la très grand majorité de ses concitoyens. Le dessin volontairement emprunt de lyrisme républicain souligne le poids de l'institution du mariage en 1914.

Des lignes du front page 7

“Les enfants de 9 ans, trop jeunes pour participer à la guerre, sont assez grands pour comprendre qu'ils auront plus tard la responsabilité d'en mesurer les conséquences et en appliquer les les leçons”

L'auteur de la lettre (un poilu français) passe son message à son enfant et donc à la postérité dont nous faisons partie, nous lecteurs. C'est une invitation claire et forte à la désobéissance dans le sens où l'auteur nous invite à être des acteurs par nous mêmes et de prendre nos responsabilités à la lumière de notre passé. Sous entendu ne pas rester passifs et ne pas obéir sans avoir réfléchi aux conséquences observées dans les guerres précédentes.

Ce message mis en forme ici par David Möhring et Philip Rieseberg nous met particulièrement mal à l'aise. D'abord il nous confirme que les acteurs de cette guerre sont impuissants et dépassés, nous enlevant toute illusion d'amélioration sur le court terme puisque le seul espoir repose sur les épaules d'enfants … Les adultes apparaissent comme une génération perdue. Ensuite le choix de mettre en scène des soldats allemands de la première guerre mondiale nous plonge dans un certain mal être. Les uniformes allemands nous rappellent ceux de 1940. Beaucoup de soldats qui les portaient pendant le deuxième conflit mondial, ont eu 9 ans pendant ou juste après la première guerre. Enfin le dessin très sombre, la pluie, les visages très impersonnels alimentent l'idée que tout est joué, l'obéissance nous a livré sans retour possible à la guerre et au malheur. (ouff!!! ça plombe tout cela :+(

Mauvais genre page 6

En 1914 les jeunes filles doivent aussi obéir aux convenances, aux usages et aux conseils de leurs mères. Au début de l'histoire Chloé Cruchaudet nous présente son héroïne comme une jeune fille dans la norme, rebelle avec sa mère comme la majorité de ses congénères quand il s'agit d'aller au bal.

A cette occasion à travers les conseils maternelles elle nous donne un aperçu de la condition de la femme en 1914. La soumission est la règle pour la gente féminine. La désobéissance aux règles, l'indépendance sont dénoncées comme vulgaires.

Adieu Brindavoine page 56

Entre 1870-1914 le discours officiel militaire insère progressivement dans la psychologie du citoyen-soldat le poids du regard des autres. Des alter ego soldats, du chef, du regard sur le chef, sur le groupe, des citoyens civils. Le regard des siens et des concitoyens doit maintenir l’individu soldat sous pression et favoriser la consolidation du sentiment de solidarité et du devoir d’obéissance.

Peut-être la page la plus remarquable de Jacques Tardy dans cet album Brindavoine. Ici l'auteur évoque le regard de la société sur le soldat. Le soldat Brindavoine délire. Sa culpabilité de ne pas être un soldat à la hauteur, se personnifie dans cette Marianne. Mariane l'invective, lui indique le chemin du sacrifice. Après avoir refusé d'obéir, Brindavoine devra aussi se débarrasser du coq (emblême de la France) qui le poursuivra avec agressivité.

Effectivement l'institution militaire et le politique ont largement jouer sur cette corde pour enfermer le combattant dans son devoir. Tous les médias (y compris la BD) par le biais de la propagande ont contribué à cette pression sur le poilu. Jacques Tardy auteur engagé dénonce les sociétés qui enlèvent le libre arbitre à ses individus par une jeu complexe de morale, de religion, de devoirs…

synthese09.1448926840.txt.gz · Dernière modification: 2015/12/01 00:40 par thierry