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La religion n'est pas tratié dans l'étude “les mutineries de 1917 en perspective”. Pourtant la religion est largement évoqué dans la bande dessinée.
Xavier Boniface, professeur d’histoire contemporaine à l'Université du Littoral, auteur de l'Histoire religieuse de la Grande Guerre (Fayard, 2014), revient sur le rôle géopolitique, social et politique des religions pendant la première guerre mondiale.
Extrait discours Xavier Boniface
Les Français se tournent vers les autels parce que, d'abord, il y a le bouleversement lié à la guerre, donc à l'incertitude : on ne sait pas de quoi sera fait le lendemain. On va donc chercher une sorte de protection spirituelle. Deuxièmement, c'est le moment de la séparation avec la famille. Les mobilisés vont quitter femmes et enfants pour une période qu'on pense relativement courte, mais en réalité, on n'en sait rien. Là aussi, il y a un besoin de réconfort moral. Troisièmement, il y a la représentation qu'on se fait de la guerre, liée à la mort : on prend son assurance avec l'au-delà en allant se confesser ou en allant à la messe.
Giacommo della Chiesa devient le pape Benoît XV en septembre 1914.
Il proclame la neutralité et appelle à la fin de la guerre. Comment expliquez-vous qu'il soit si inaudible et si détesté ? Détesté, c'est le moins qu'on puisse dire… Il est inaudible parce que la guerre est totale et que chaque pays veut une victoire totale. L'ennemi doit être totalement vaincu. Or ce que demande Benoît XV, c'est l'arrêt de la guerre. Il va jusqu'à demander « une paix sans vainqueur ni vaincu ». Pour les belligérants, c'est inacceptable. Ce discours de modération, de paix, d'arbitrage ne passe pas. Deuxième élément, qui compte davantage pour l'Entente, en tout cas pour les Français et les Belges : le pape ne fait pas allusion aux atrocités allemandes et au fait que la France et la Belgique ont été agressées. En fait, le pape renvoie dos à dos les crimes imputés aux uns et aux autres en affirmant que tout cela se vaut. Cet argument n'est pas compris. Les catholiques français et surtout les catholiques belges ont le sentiment d'être abandonnés par le pape.
A l'instar de celle de Tannenberg en août 1914, les batailles ont souvent été mises en scène comme des croisades par les gouvernements. Comment les opinions publiques réagissent-elles face à ces discours ?
La bataille de la Marne a également été mise en scène comme un signe divin : on a parlé du « miracle de la Marne ». Ceux qui en parlent dans ces termes sont des écrivains ou des journalistes catholiques. Le clergé ne tient pas forcément ce discours. Les opinions publiques restent souvent éloignées de ces conceptions. Mais dans la cas de la Marne, ça marche. La France était tellement mal engagée que ce retournement de situation passe pour miraculeux. Ce discours a toutefois ses limites : Verdun n'a jamais été présenté de cette manière. Côté italien, c'est l'inverse : après la défaite de Caporetto en novembre 1917, on pense que Dieu a abandonné l'Italie. Mais ce discours tenu par certains prêtres italiens reste assez marginal.
L'appel au djihad lancé par le sultan-calife à Istanbul n'a pas été suivi par les populations musulmanes des empires français et britanniques…
Cet appel n'a pas du tout pris. Mais en fait, les Anglais et les Français se sont faits une fausse peur. Ils ont imaginé que l'autorité du sultan-calife sur les musulmans était l'équivalent de celle du pape sur les catholiques. Le pape n'était pourtant pas écouté… En réalité, l'influence du calife a été surestimée. L'Empire ottoman a mis en place un travail de propagande énorme pour faire connaître ce discours, mais pendant longtemps personne ne fut au courant.
Face au carnage, beaucoup de croyants ont refusé le discours qui exaltait l'héroïsme. Y a-t-il eu des refus de la guerre du côté des Eglises ?
Des révoltes et des refus, quasiment jamais. Des interrogations, certainement. Quelques groupes pacifistes comme les Quakers en Grande-Bretagne sont contre la guerre mais surtout contre le service obligatoire. Mais cela reste marginal. Les groupes religieux qui ont appelé à la paix sont restés très isolés.
Pendant la guerre, les Eglises ont avant tout joué un rôle de soutien. Elles ont aidé les soldats à tenir pendant quatre ans dans des conditions terribles. Elles ont aidé les sociétés à vouloir la victoire et à continuer jusqu'au bout.