Ci-dessous, les différences entre deux révisions de la page.
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synthese11 [2015/11/21 19:39] clemenceau [page 38] |
synthese11 [2015/12/01 00:50] (Version actuelle) thierry [Putain de guerre page 57] |
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| - | ======= Pendant la grande guerre, l'Armée a imposé son autorité par la contrainte sans se soucier de sa légitimité ======= | + | =======10 Pendant la grande guerre, l'Armée a imposé son autorité par la contrainte sans se soucier de sa légitimité ======= |
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| - | bloc astuce | + | Clairement la bande dessinée contemporaine nous parait traiter à charge cette question de la légitimité de l'autorité militaire. D'abord ce sont les abus d'autorité qui sont largement utilisés pour pigmenter les scénarios. Ensuite il n'est jamais montré l'importance du lien social que joue l'armée dans la république. Le discours de légitimité de l'armée sur les valeurs républicaines reprend celui de l'éducation nationale toute récente. Dans un pays où une majorité de ruraux parlent des langues régionales, la conscription occupe un rôle important dans dans la république. Une mention tout de même aux ouvrages "la faute au midi" et la série 1914-1918. Nous y voyons des soldats évoquer leur citoyenneté et échanger des avis sur le déroulement et la conduite de la guerre. Cette légitimité forgée plus ou moins artificiellement il est vrai par le pouvoir est un des principaux moteurs de l'obéissance pendant la grande guerre. (Voir expérience de Milgram, étude dans les années 60 qui met en évidence l'importance du fait que l'exécution des ordres doit être perçue comme légitime) |
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| Désolé de 'spoiler' la fin de l'histoire mais c'est pour la bonne cause. Le méchant a survécu et fait l'épitaphe de son subordonné. Devant témoins il désigne son caporal décédé comme victime de sa désobéissance. | Désolé de 'spoiler' la fin de l'histoire mais c'est pour la bonne cause. Le méchant a survécu et fait l'épitaphe de son subordonné. Devant témoins il désigne son caporal décédé comme victime de sa désobéissance. | ||
| - | Le lecteur à qui s'adresse réellement l'officier, connaît le fin mot de l'histoire et se trouve en capacité de décoder le message. Dans la pensée de l'officier l'obéissance est synonyme de soumission à sa personne, il légitime ainsi son meurtre. | + | Le lecteur à qui s'adresse réellement le personnage de l'officier, connaît le fin mot de l'histoire et se trouve en capacité de décoder le message. Dans la pensée de l'officier l'obéissance est synonyme de soumission à sa personne, il explique ainsi son meurtre en lui donnant une image de légitimité. |
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| - | L'auteur nous transmet ainsi un message, et peut-être une morale pour toute son histoire. L'obéissance est présentée et souvent légitimée comme étant au service de l'intérêt général. Dans les faits elle sert souvent des intérêts particuliers souvent sordides. | + | |
| + | L'auteur nous transmet ainsi un message, et peut-être une morale pour toute son histoire. L'obéissance est souvent présentée comme étant au service de l'intérêt général. Dans les faits elle sert souvent des intérêts particuliers illégitimes souvent sordides. | ||
| ==== Putain de guerre page 57==== | ==== Putain de guerre page 57==== | ||
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| - | Scène de conseil de guerre très réaliste à porter entièrement au crédit de l’auteur. Ainsi nous remarquons que Jacques Tardy place la scène dans les locaux d’une école. L’école primaire est dans notre référentiel républicain, le symbole de la république. L’école obligatoire a été instaurée avec l’avènement de la troisième république. | + | Scène de conseil de guerre très réaliste à porter entièrement au crédit de l’auteur. Ainsi nous remarquons que Jacques Tardi place la scène dans les locaux d’une école. L’école primaire est dans notre référentiel républicain, le symbole de la république. L’école obligatoire a été instaurée avec l’avènement de la troisième république. |
| - | Tardy nous montre une situation où les soldats jugés sont infantilisés, ramenés à leur condition d’enfants de la république en situation d’être punis. Ces images font écho à celles que nous avons relevées dans son autre album « Adieu Brindavoine » où le personnage principal rêve d’une république incarnée en statue de Marianne, effigie maternelle qui le poursuit avec agressivité pour lui reprocher son manque de combativité et de patriotisme. | + | Tardi nous montre une situation où les soldats jugés sont infantilisés, ramenés à leur condition d’enfants de la république en situation d’être punis. Ces images font écho à celles que nous avons relevées dans son autre album « Adieu Brindavoine » où le personnage principal rêve d’une république incarnée en statue de Marianne, effigie maternelle qui le poursuit avec agressivité pour lui reprocher son manque de combativité et de patriotisme. |
| Cette association "armée, école" nous apparaît particulièrement pertinente sur un point de vue historique à une période où l'autorité militaire tirait toute sa légitimité dans son enracinement républicain. | Cette association "armée, école" nous apparaît particulièrement pertinente sur un point de vue historique à une période où l'autorité militaire tirait toute sa légitimité dans son enracinement républicain. | ||
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| - | Ici le regard des civils (de la société et de la nation) sur le sacrifice des combattants est exploiter par l'armée. Un cérémonial poignant chargé d'émotion semble en apparence improvisé. il s'agit pour l'armée de rappeler au combattant et à la population la légitimité du combat. L'armée tient son pouvoir de la république, elle s'appuie énormément sur cette légitimité pour imposer des sacrifices et exiger l'obéissance. | + | Ici le regard des civils (de la société et de la nation) sur le sacrifice des combattants est exploiter par l'armée. Un cérémonial poignant chargé d'émotion semble en apparence improvisé. il s'agit pour l'armée de rappeler au combattant et à la population la légitimité du combat. L'armée tient son pouvoir de la république, elle s'appuie entièrement sur cette légitimité pour imposer des sacrifices et exiger l'obéissance. |
| ====La faute au midi page 45==== | ====La faute au midi page 45==== | ||
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| - | ====page 38==== | + | ====Mattéo page 38==== |
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| Cette scène est intéressante. Elle montre des combattants qui prennent une distance par rapport au discours officiel (et notamment celui de la presse). L’humour et l’ironie leur donnent même une certaine liberté de parole malgré la présence et les intimidations de la hiérarchie. Ce comportement ouvertement indiscipliné peut surprendre dans la mesure où les auteurs de BD nous montrent beaucoup plus dans leurs scénarios la censure et la coercition exercées sur les combattants. | Cette scène est intéressante. Elle montre des combattants qui prennent une distance par rapport au discours officiel (et notamment celui de la presse). L’humour et l’ironie leur donnent même une certaine liberté de parole malgré la présence et les intimidations de la hiérarchie. Ce comportement ouvertement indiscipliné peut surprendre dans la mesure où les auteurs de BD nous montrent beaucoup plus dans leurs scénarios la censure et la coercition exercées sur les combattants. | ||
| - | Ces visites officielles sur le front avaient justement pour objectif de valoriser le lien entre le pouvoir politique et les citoyens soldats. Sans ce lien il n'y a pas de légitimité pour le pouvoir. | + | Ces visites officielles sur le front avaient justement pour objectif de valoriser le lien entre le pouvoir de la presse politique et les citoyens soldats. Sans ce lien il n'y a pas de légitimité pour le pouvoir. |
| - | ==== page 42==== | + | ====Un après midi d'été page 42==== |
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| - | [[theme11|★ Lire Thème 11]] | + | Cet officier utilise l'oppression pour diriger ses hommes. Il stigmatise un soldat au yeux de ses camarades,lui faisant endosser la nécessité d'un nouvel assaut. Contrairement à Robbie Morrison dans "La Mort Blanche" , Le Floch ne nous livre pas les motivations et les ressorts de ce personnage. On peut se poser la question si ce genre d'abus montrés de façons répétitives ne contribue pas à donner une image de l'armée en 1914 qui fonctionne uniquement par la contrainte et l'oppression. |
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| - | Cet officier cumule tous les clichés du mauvais manager, il rend responsable un de ses hommes des prochaines pertes à venir dans l'assaut à venir. Le but est de stigmatiser le soldat visé au yeux de ses camarades. Contrairement à Robbie Morrison dans "La Mort Blanche" , Le Floch ne nous livre pas les motivations et les ressorts de ce personnage, un lieutenant qui abuse de son autorité. Sadisme ? Peur de ses subordonnés ? de ne pas être à la hauteur ? Nous identifions donc un cliché dans la façon de mettre en situation son héros sous l'autorité d'un supérieur incompétent et tyrannique. Cliché qu'il partage avec d'autres auteurs comme Éric Corbeyran dans la série 14_18. | + | |