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La grippe coloniale

HUO_CHAO & APPOLO

tome 1 Le retour d'Ulysse

tome 2 Cyclone la peste

En mars 1919, les derniers soldats de la Grande Guerre rentrent à la Réunion où ils sont accueillis en héros. Mais le retour dans la vieille colonie n'est pas aussi joyeux qu'on peut l'espérer : les soldats ont changé durant la guerre, ils sont infirmes, révoltés, désabusés, et portent un regard amer sur une île qui a évolué sans eux. Evariste Hoarau et quelques autres démobilisés essaient tant bien que mal de retrouver une place dans une société où les tensions sociales et raciales sont vives, tandis qu'un mal foudroyant frappe la colonie : la grippe espagnole emmenée par le navire des soldats…

Nous avons sélectionné cet album car avec Papeete1914 de Didier Quella-Guyot et Sébastien Morice et avant Hugo Pratt avec son héros Corto Maltesse, nous voyageons hors de la métropole. La première guerre mondiale était un conflit mondiale. La BD contemporaine à ainsi l'occasion d'évoquer l'universalité des comportements d'obéissance et de désobéissance chez les combattants. Nous avons noté le travail de recherche historique des auteurs et leur souci d'ancrer leur histoire dans la grande Histoire.

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La recherche d'une reconnaissance était effectivement une motivation pour accomplir son devoir. Une médaille, des états de services sont aussi des faire valoir dans la société civile. Certains espéraient utiliser leur état d'ancien combattant comme facteur de promotion sociale ou d'intégration. Ici le soldat Voltaire fonde de grands espoirs sur la reconnaissance de son sacrifice. Beaucoup de fictions ont mis en scène ces espoirs déçus ou à contrario, montrer les abus et les détournements de cette reconnaissance parfois très mal dispensée à des “faux” héros.

page 1-8

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Les auteurs de La grippe coloniale ne trahissent pas les contemporains de 1914. Loin des clichés d'hommes moyenâgeux sous l'influences de superstitions et de dogmes religieux, ces soldats sont issus d'une société républicaine et démocratique ou les valeurs de la III ème république se sont imposées avec la Loi de séparation des Églises et de l'État. Si la mise en scène de Huo Chao Si et d' Appolo nous fait penser à une chanson de Brassens se moquant du clergé, il n'en demeure pas moins que la représentation d'une église avec moins de prise sur les consciences est conforme à la période. La guerre a aussi grandement participé à l'évolution des mentalités.

page 1-12

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★ Lire Thème 61

Cette illustration correspond bien à la hantise que l'institution militaire avait des mouvements politiques. Les individus marqués comme “rouges” étaient considérés par les militaires comme des agitateurs potentiels capables de prendre le contrôle de la troupe. L'exemple bolchévique en Russie effrayait les autorités et l'institution militaire. Cette peur tournaient souvent à la paranoïa et parfois à l'obsession et les fictions comme celle-ci n'hésitent pas à nous la rapporter.

page 1-35

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★ Lire les Thèmes 5

Les auteurs montre ici une mutinerie suivie d'une fraternisation. Dans leur volonté de légitimer les mutins avec des critères aujourd'hui politiquement corrects, les auteurs donnent dans l'imagerie d'Epinal.

Tout d'abord ils mettent en scène un instituteur avec une pipe, archétype de l'enseignant des années 70, il ne lui manque que le col roulé…

Ensuite un officier est abattu, la scène est digne de la révolution française où les aristocrates étaient décapités de par la volonté du peuple.

Enfin le drapeau blanc et le drapeau rouge côte à côte nous renvoient à une manifestation encadrée de grévistes dans une usine ou régnerait l'exploitation des travailleurs.

La désobéissance ici, prend tous les codes de la légitimité républicaine. La désobéissance ainsi habillée pour que nous puissions l'accepter et l'absoudre aujourd'hui. Pourquoi les auteurs de BD ne nous montrent ils pas des vengeances sordides, des abandons de postes, des exactions pour sauver sa peau ou obtenir des avantages … certainement parce qu'ils ne veulent pas prendre le risque que leur héros deviennent antipathiques aux yeux de leurs lecteurs.

Il est vrai qu'un instituteur s'est distingué dans une mutinerie en 1917, cependant les données relevés dans les procès de mutins nous révèlent que ces mouvements n'étaient pas politisés. Ils n'ont pas eu pour objectif de contester le commandement ou de remettre en cause la guerre. Les mots d'ordre en 1917 étaient de dénoncer les conditions de vie des combattants. Il est très difficile de catégoriser les mutins en fonction de leurs appartenances socio-professionnelles. Tout au plus peut-on penser que les jeunes gens sans charge de famille étaient peut-être plus disposés à participer aux mutineries.

page 2-34

★ Lire Thème 32

La condition d'homme noir en 1914 était liée à de nombreux préjugés dans les populations européennes. Perçus comme des bons ou mauvais sauvages suivant qu'on était français ou allemands, on ne peut cependant relever de spécificités dans la façon dont les troupes coloniales ont été commandées. Relevons ici que les auteurs ne manquent pas l'occasion de confronter leur personnage à un adjudant grossier, méchant et analphabète. (parti pris anti-militariste)

lagrippecoloniale.1442144412.txt.gz · Dernière modification: 2015/09/13 13:40 par clemenceau