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11 La religion une auxiliaire précieuse pour l'obéissance

Les églises préparaient les esprits pour l'obéissance et accepter les sacrifices...

Xavier Boniface, professeur d’histoire contemporaine à l'Université du Littoral, auteur de l'Histoire religieuse de la Grande Guerre (Fayard, 2014), revient sur le rôle géopolitique, social et politique des religions pendant la première guerre mondiale.

Les Français se tournent vers les autels parce que, d'abord, il y a le bouleversement lié à la guerre, donc à l'incertitude : on ne sait pas de quoi sera fait le lendemain. On va donc chercher une sorte de protection spirituelle. Deuxièmement, c'est le moment de la séparation avec la famille. Les mobilisés vont quitter femmes et enfants pour une période qu'on pense relativement courte, mais en réalité, on n'en sait rien. Là aussi, il y a un besoin de réconfort moral. Troisièmement, il y a la représentation qu'on se fait de la guerre, liée à la mort : on prend son assurance avec l'au-delà en allant se confesser ou en allant à la messe.

Le pape Benoît XV renvoie dos à dos les crimes imputés aux uns et aux autres en affirmant que tout cela se vaut. Cet argument n'est pas compris. Les catholiques français et surtout les catholiques belges ont le sentiment d'être abandonnés par le pape.

La religion n'est donc quasiment jamais à l'origine de révoltes et de refus. Des interrogations, certainement. Quelques groupes pacifistes comme les Quakers en Grande-Bretagne sont contre la guerre mais surtout contre le service obligatoire. Mais cela reste marginal. Les groupes religieux qui ont appelé à la paix sont restés très isolés.

On peut retenir qu'en 1914 l'église obéit ou pour le moins ne s'oppose pas aux injustices qui frappent les combattants mais ne se manifeste pas non par un zèle dans l'oppression.

Effectivement avec la BD contemporaine et le flot de parutions récentes qui prennent la première guerre mondiale comme cadre ou décor, les auteurs racontent des histoires de personnes, des destins et leurs personnages se retrouvent confrontés à la morale, à un ensemble de règles de conduite, de relations sociales. Éthique, morale et religion trouvent donc aujourd'hui leur place.

Les nouveaux auteurs comme Kris , CORBEYRAN entre autres abordent la religion hors des sentiers battus et re-battus, ceux de le l'alliance du sabre et du goupillon contre les classes populaires.

La faute au midi page 35

Souvent le prisme de « l’alliance du sabre et du goupillon » a fondé la vision contemporaine des relations entre l'Armée et l'Eglise. C'est cette vision qui transparaît ici dans cette bande dessinée. Pour les républicains, l’ouverture de l’armée aux influences politiques, religieuses et morales du clergé est une menace réelle. Or si cette alliance n’est pas sans fondement, elle est néanmoins plus souvent mythique que réelle. La proximité des deux institutions, militaire et cléricale, se fonderait sur une proximité de valeurs et d’attitudes. L’honneur, le devoir, mais aussi le service de la patrie. Or le développement de la conscription fait de l’armée un lieu d’instruction et un possible « lieu d’acculturation républicaine et laïque » d’où la vive attention que les républicains lui portent.

On proposait l'assistance de prêtres aux condamnés pour aborder leurs derniers instants. Etaient-ils tous obtus et sectaires comme celui qui est mis en scène dans cette reconstitution ? Les auteurs nous présente ainsi ce soldat condamné comme la victime du sabre et du goupillon. C'est donc une vision politique de ces condamnations à mort, violences émanant des classes supérieures.

Mattéo page 25

La religion était présente dans les tranchées. Les auteurs de BD l’évoquent à juste titre donc même de façon fortuite comme à travers cet échange entre le héros et un autre combattant. Cette anecdote a le mérite de rappeler qu'il est difficile de stéréotyper les consciences individuelles. Si le vécu des combattants a pu les transformer dans leur personnalité et leurs croyances, ces transformations ne peuvent pas être globalisées dans un sens ou un autre. Sur le plan de l’aptitude à obéir ou désobéir, elle sous-tend que les individus libérés de l’influence religieuse gagnaient en libre arbitre. Effectivement les églises ont souvent accompagné les contemporains de 1914 dans la résignation devant les événements. Cependant le cliché le plus répandu chez les scénaristes consiste à associer systématiquement désobéissance et athéisme, plaçant de fait les choix et le comportement des individus dans une logique politique, plus précisément dans la logique d’affrontement des cléricaux et anti cléricaux, (gauche-droite), de la fin du XIX siècle. Nous avons vu précédemment que la désobéissance pendant la grande guerre, y compris les grandes mutineries de 1917 n’étaient pas politisée.

Notre mère la guerre page 104

Image très forte que cette église dévastée qui sert de morgue et ce Christ abîmé, désaxé de sa croix. Cette scène évoque la détresse d'un jeune officier confronté à la réalité de la guerre. Il est en quête de réconfort et de repères pour affronter son quotidien. A l'image de cette église, ses croyances et certitudes sont mises à mal. Beaucoup de soldats étaient pratiquants. La BD occulte souvent ce rôle de la religion dans les consciences des combattants préférant montrer l'autre face, celle du rejet ou de l'abandon des croyances devant les dures réalités de la guerre. Cette tendance est marquée avec une génération d'auteurs comme Jacques Tardi, Pat Mills dénoncent un ordre social ou la religion joue un rôle politique.

Notre mère la guerre page 147

Dans cette scène les auteurs nous montre une utilisation de la religion pour “asservir” les consciences et les âmes. Le procédé est direct et sans artifice. Il prépare ce que sera la prière des parachutistes français à partir de la deuxième guerre mondiale. A savoir essayer de donner du sens à l'obéissance à travers la souffrance et la mortification . Mon Dieu, mon Dieu, donne moi, la tourmente Donne-moi, la souffrance… Ce dont les autres ne veulent pas Ce que l'on te refuse…

Notre mère la guerre page 181

La société de 1914 est une société moderne et laïque depuis 1905. Beaucoup de gens ont pris des distances vis à vis de la religion notamment à la suite des affrontements entre laïcs et anti-laïcs de la fin du XIX siècle. Les auteurs évoquent ici les limites de l'influence de l'église sur les mentalités en 1914.

La grippe coloniale volume 1 page 8

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Les auteurs de La grippe coloniale ne trahissent pas les contemporains de 1914. Loin des clichés d'hommes moyenâgeux sous l'influences de superstitions et de dogmes religieux, ces soldats sont issus d'une société républicaine et démocratique ou les valeurs de la III ème république se sont imposées avec la Loi de séparation des Églises et de l'État. Si la mise en scène de Huo Chao Si et d' Appolo nous fait penser à une chanson de Brassens tournant en dérision clergé, il n'en demeure pas moins que la représentation d'une église avec moins de prise sur les consciences est conforme à la période. La guerre a aussi grandement participé à l'évolution des mentalités.

Série 1914-1918 volume 3 page 21

Beaucoup de combattants étaient croyants et priaient dans les tranchées. Dans ce type de BD contemporaine on nous montre ici la religion non plus uniquement comme outil d'asservissement pour accepter sa condition et obéir. Mais la spiritualité peut aussi servir de bouée de survie, un point d'ancrage pour ne pas perdre pied comme nous le montrent ici les auteurs (aussi dans les albums “la tranchée”, “notre mère la guerre”).

Putain de guerre page 72

Tardi traite la religion uniquement sur son aspect politique. Il la catalogue systématiquement comme un acteur social complice des classes dirigeantes, une fable destinée à canaliser et faire obéir les masses. Nous retrouvons donc ici son coté irrévérencieux qu'il exprime à travers le comportement de ses personnages.

D'autres auteurs comme Kriss (Notre mère la guerre), Pat Mills (La grande guerre de Charly) , Éric Corbeyran (la série 14-18) ont choisi d'évoquer la foi chez leurs personnages principaux. Elle influe dans leurs choix, leurs consciences et leurs façons d'appréhender les événements.

La tranchée page 20

La religion comme refuge, béquille psychologique était perçue par les anticléricaux comme un instrument d'asservissement des individus, au mieux un opium pour inhiber toute sentiment de révolte.

On imagine que dans des conditions de vie aussi extrêmes, la foi ait pu être d'un réconfort vital pour beaucoup de combattants. Cette réalité est très peu rapportée dans la BD. En enlevant ici dans cette tranchée bombardée ses dernières illusions à son camarade, ce poilu va mettre en danger ce camarade…

synthese12.txt · Dernière modification: 2015/12/01 00:54 par thierry