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Date de parution : mai 2006
Assis dans la cuisine, le fameux Nonna, marin pêcheur avant la guerre, rebelle, dynamique, solidaire, taille des petites statuettes. Silencieux, méconnaissable, l’homme ignore la promesse qu’il avait faite à Perdrix : se marier ! Devant ce silence et malgré ses supplications, la belle n’obtiendra pas de réponse… Que reste-t-il alors des marins et grands aventuriers du début du siècle, lorsqu’ils construisaient le phare du port contre les lois naturelles ? Que reste-t-il des hommes et de leurs rêves, perdus au fond de leurs tranchées, dans le froid, sous les ordres de leurs supérieurs ? Beaucoup de silence…
L’auteur met en avant l’indifférence des gradés vis à vis du contingent concernant leurs conditions de vie et de survie. Si l'album porte certains clichés communs à d'autres bandes dessinées il a le mérite de mettre en perspective les états d'âmes et les réactions des combattants devant l'absurdité des ordres qu'ils reçoivent. Contrairement à Tardy ou Larcenet, les personnages de Bruno Le Floc'h détiennent une partie de leur court destin, ils font des choix - adhérer à la guerre ou non, d'interpretter les ordres ou de les exécuter au pied de la lettre, d'obéir ou de désobéir, de tuer ou non…
Bruno Le Floc'h met en scène une escouade qui présente les armes à un général qui passe sans la regarder et s'éloigne. C'est une image forte qui montre des hommes se sentant insignifiants, abandonnés par leur hiérarchie face au danger à l'inconfort des tranchées. Le parapluie au dessus de la tête du générale monté sur son cheval, évoque un nabab protégé par une ombrelle tenue par un serviteur. Pour évoquer les officiers du haut commandement, l'image est quelque peu caricaturale. C'est le parti pris de l'auteur dans cet album à chaque fois qu'il évoquera la hiérarchie militaire.
Peut être que l'auteur a rencontré pendant son service militaire un gradé qui tenait ce genre de propos avec des jeunes conscrits. Affirmé son autorité en impressionnant et en marquant les esprits pour prendre en main un groupe jeune est courant dans toutes les armées (voir scène similaire dans Notre mère la guerre).
Cependant dans ce cas de figure il s'agit de combattants aguerris, pas forcement jeunes. Des hommes difficile à impressionner. L'officier est pour le moins maladroit, il se met lui même en danger en risquant le conflit avec ses hommes.
Ici il s'agit d'humiliation. L'officier déploie une stratégie d'oppression et de terreur pour se faire obéir ses hommes.
Cet officier cumule tous les clichés du mauvais manager, il rend responsable un de ses hommes des prochaines pertes à venir dans l'assaut à venir. Le but est de stigmatiser le soldat visé au yeux de ses camarades. Contrairement à Robbie Morrison dans “La Mort Blanche” , Le Floch ne nous livre pas les motivations et les ressorts de ce personnage, un lieutenant qui abuse de son autorité. Sadisme ? Peur de ses subordonnés ? de ne pas être à la hauteur ? Nous identifions donc un cliché dans la façon de mettre en situation son héros sous l'autorité d'un supérieur incompétent et tyrannique. Cliché qu'il partage avec d'autres auteurs comme Éric Corbeyran dans la série 14_18.
Quand on abusait de son autorité dans les tranchées, on risquait de faire l'objet de la vindicte de ses subordonnées et d'y laisser sa peau. C'est pourquoi les abus d'autorité souvent constatés à l'exercice devant de jeunes recrus sont moins courants au feu.
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Nous assistons à une scène où les personnages sont placés devant un choix, éliminé ou non un prisonnier allemand. C’est par un échange argumenté, que les soldats vont décider de l’avenir du soldat allemand. Le héros propose à ses camarades de changer leur regard sur cet ennemi. Il le grime en soldat français pour leur faire prendre conscience son humanité. Les auteurs de BD ont beaucoup pris le parti de présenter leurs personnages comme des victimes qui subissent la guerre. Leur souci premier est la dénonciation de la guerre. Les scènes qui présentent les personnages comme acteurs de leurs décisions sont plus courantes dans les œuvres récentes. (Notre mère la guerre, la grippe coloniale, Mauvais genre …) la dénonciation de la guerre n’est plus le seul objectif dans ces scénarios. Les auteurs nous racontent aussi une histoire avec le souci de présenter des personnages plus complexes, plus élaborés qui interagissent dans le déroulement de l’histoire en fonction de leurs personnalités et de leurs vécus.
C'est un parti pris de l'auteur de montrer un commandement insensible au souffrances et à la survie des hommes de troupe. Certainement que ce genre de personnage à réellement exister néanmoins nous qualifierons cet approche de cliché car elle ne véhicule qu'une partie largement déformée de la réalité en faisant reposer principalement la responsabilité des horreurs vécues par les combattant sur les épaules de quelques décideurs insensibles, optus et incompétents.
Un jeune officier refuse d'exécuter les ordres. Vision romantique de la désobéissance ou l'on proclame haut et fort sa rébellion. Nous avons vu que la désobéissance a souvent pris la forme de l'inertie chez les combattants. Vis à vis de l'institution militaire on sait que la forme de la désobéissance comptait énormément dans la mesure où elle était visible et créait de fait un précédent.
Il est plus probable que les officiers qui ne voulait pas assumer un crime d'obéissance, restaient plus discrets et recherchaient des prétextes en forme d'excuses pour ne pas obtempérer. Même si leur hiérarchie n'était pas dupe ils augmentaient ainsi leur chance de ne pas être punis.
Echange très intéressant. L'auteur pointe le conditionnement des hommes de troupes. Issus d'une société très hiérarchisée et marqués par le conditionnement militaire, le psychisme de ces hommes était construit autour de valeurs et paradigme précis. La désobéissance de l'officier censé incarner et défendre cet ordre des choses, remet en question et dérange tous les fondamentaux et les repères de ce soldat.
Nous retrouvons la culpabilité comme contrainte sur le mental des combattants, pour les inciter à obéir et accepter leur condition. Voir Larcenet Ligne de front où l'on stigmatise les déserteurs. Idem Mauvais genre de Chloé Cruchaudet … Cette culpabilité est aussi transmise entre les combattants comme ici.
Bruno Le Floc'h met en scène un soldat qui reproche à son supérieur sa désobéissance alors que cet acte vient de lui sauver la vie.
Nous comprenons que ce comportement sera certainement à l'origine de son mal-être à venir, un post traumatisme pour l'après guerre, une attitude et des paroles qu'il ressassera et regrettera.