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La faute au midi tome 1

de Jean-Yves Le Naour

L'histoire vraie de trois innocents sacrifiés par la nation. Le 21 août 1914, les soldats provençaux du XVe corps sont lancés dans la bataille de Lorraine, sans appui d'artillerie. C'est un massacre. 10 000 soldats sont fauchés par les obus et la mitraille avant même de voir un seul casque à pointe. Pour Joffre, généralissime des armées françaises, cette défaite est catastrophique, car elle ruine ses plans. Afin de se dédouaner, il rejette la faute sur les soldats du Midi, à la mauvaise réputation. Humble combattant provençal, Auguste Odde, comme trois autres soldats, participe à cette affreuse bataille. Blessé au bras, il est soupçonné de lâcheté et risque la peine de mort.

consulter http://www.jeanyveslenaour.com/expositions.html

L'intérêt de cette bande dessinée réside dans son ambition historique. L'auteur veut par son travail rendre hommage aux soldats du midi et participer activement à leur réhabilitation. Il y réussit parfaitement notamment dans le domaine de l'obéissance. Les languedociens ont obéi aux ordres et ont été bien mal récompensés de leurs efforts et sacrifices.

Si on considère les clichés les plus répandus chez les autres auteurs, Le Naour les évite presque tous et participe même à leur déconstruction Nous avons pu relever cependant quelques entorses à cette règle…


page 6

★ Lire Thème 3-3

Dans la société de 1914 les méridionaux étaient victimes de préjugés véhiculés par les journaux et la littérature. Mais au fait, ces préjugés ont-ils disprus aujourd'hui :?:


page 8

Lire Thème 1-1

Les auteurs de BD ont beaucoup utilisé ces scènes avant l'action où les officiers harangue la troupe pour la motiver. Il s'agit de marquer les esprits par des discours utilisant des images fortes et répétées. Ces paroles simples souvent lyriques sont destinées à impressioner et s'imposer de façon consciente ou inconsciente dans les mentalités.

Les scénaristes veulent mettre en exergue le décalage entre ces discours et les réalités qu'ils engendrent. C'est un élément de dénonciation de la guerre. Un procédé souvent utilisé consiste à faire parler en a parte dans ces scènes un homme de troupe qui ajoute un commentaire cinique teinté d'humour caustique, manifestant ainsi qu'il n'est pas dupe de ces beaux discours.

Comme la publicité et la communication contemporaine, ces interpellations étaient souvent assez élaborées et récurrentes (pas seulement dans les instants qui précèdent la bataille). On évoquait entre autre la nécessité de défendre ses proches, ses amis, ses enfants, et aussi le risque que les morts et les sacrifices précédents aient été vain. Le psychisme du soldat est pris complètement en otage, on lui enlève son libre arbitre pour le mettre en face d'un abîme de culpabilité s'il n'obéit pas. Donc malgré les apparences ces procédés étaient efficaces pour une grande majorité de la troupe.

Ces scènes nous parlent car nous les vivons aujourd'hui encore dans les communications d'entreprises ou quand les dirigeants et personnes en responsabilité nous interpellent aujourd'hui dans les médias.


page 11

★ Lire Thème 1-3

Les auteurs nous montrent ici l'incompétence des états majors. Même si les faits rapportés ici au début de la guerre sont exacts, à savoir qu'un général en face à face ait sciemment refusé d'écouter le témoignage d'un aviateur, nous ne pouvons généraliser ce comportement à l'ensemble des généraux pendant toute la grande guerre.

En 1914 l'aviation n'a pas encore fait ses preuves dans un conflit. Elle n'est pas prise en compte par les stratèges. Forts de nos connaissances militaires du XX siècle il est difficile de juger aujourd'hui ce général pour son manque de clairevoyance. L'idée dominante était l'attaque à outrance avec avec comme arme principale l'infanterie pour remporter le plus rapidement possible la décision et limiter ainsi les pertes sur le long terme.

Faire un focus sur l'imbécilité avérée ou non de tel ou tel général, peut nuire à l'objectif recherché, à savoir montrer les faiblesses du raisonnement de certains militaires et partisans de l'affrontement avec L'Allemagne.

Les auteurs peuvent donc tomber dans la facilité. Il est effectivement plus facile de mettre en scène un incompétent criminel plutôt que de mettre en scène l'état d'esprit, les préjugés et idées erronés qui prévallaient au début de la grande guerre parmis des gens reconnus dans leur milieu et considérés comme brillants.

Peut-être aussi que pour nous, lecteurs, est-il plus 'rassurant' d'associer ces tragédies à des idiots patentés, aux comportements et attitudes reconnaissables et identifiables facilement ;-)


page 14

★ Lire Thème 3-1

Le thème du bouc émissaire. On voit trés bien ici que les soldats méridionnaux sont victimes de la duplicité de Foch qui cherche à expliquer sa défaite par une défaillance des troupes. Cependant l'auteur nous montre qu'il ne s'agit pas d'une stratégie ou d'un calcul prémédité mais bien d'une opportunité pour fuir ses responsabilités. Il n'y a pas à la base une volonté délibérée de l'institution militaire de traiter différemment les troupes en fonction de leurs origines.


page 18

★ Lire Thème 6-1 ★ Lire Thème 6-2

Ici une discussion s'engage entre soldats sur leur condition de combatant. Les échanges restent politiquement corrects … Les hommes se préoccupent de ne pas inquiéter leurs familles et s'interrogent sur les possibilités d'interpeler leurs députés. Effectivement les députés soucieux de se faire bien voir de leurs électeurs, joueront un grand rôle dans les améliorations de la condition du poilu. Par contre cette image de braves troupiers grognons , bons enfants et bons pères de familles s'exprimant avec des intonnations et des expressions méridionales, laisse transparaître un consensus de ces hommes pour reconnaître la légitimité du combat qu'il mènent.

D'autres ambiances et échanges nous sont rapportés dans la série 14-18 par CORBEYRAN / ETIENNE LE ROUX / LOI CHEVALLIER. Quand on a faim, qu'on pense être mal commandé, qu'on manque de moyens, et qu'on est en danger de mort, ce sont des sentiments de colère et d'indignation qui ressortent.

Nous retrouvons dans ces deux visions l'opposition entre les deux écoles d'historiens. celle dite du « consentement patriotique », qui avance qu'il n’a pas fallu beaucoup pousser les poilus. Ils en redemandaient. Surtout les trois premières années. Et celle du Collectif de recherche international et de débat sur la guerre de 1914-1918, le Crid 14-18. A leurs yeux, les poilus hésitent sans cesse entre tenir le front et éviter de se faire tuer et donc entre obéir et désobéir. Refusant d’être présentés comme l’école de la contrainte, le Crid 14-18 insiste sur les « conduites d’esquive face à la guerre des tranchées… Très vite les soldats adoptent des attitudes faites de lassitude qui s’entremêlent avec un sens du devoir assez vivace.


page 22

★ Lire Thème 1-2

Ici le cliché qui présente systématiquement les chefs militaires comme des bouchers est battu en brèche. De nombreux chefs d'état major ont perdu des fils et des gendres. Ce genre de scène est rarement présentée dans la littérature.


page 35

★ Lire Thème 12-1

Souvent le prisme de « l’alliance du sabre et du goupillon » a fondé la vision contemporaine des relations entre l'Armée et l'Eglise. Pour les républicains, l’ouverture de l’armée aux influences politiques, religieuses et morales du clergé est une menace réelle. Or si cette alliance n’est pas sans fondement, elle est néanmoins plus souvent mythique que réelle. La proximité des deux institutions, militaire et cléricale, se fonderait sur une proximité de valeurs et d’attitudes. L’honneur, le devoir, mais aussi le service de la patrie. Or le développement de la conscription fait de l’armée un lieu d’instruction et un possible « lieu d’acculturation républicaine et laïque » d’où la vive attention que les républicains lui portent.

On proposait l'assistance de prêtres aux condamnés pour aborder leurs derniers instants. Etaient-ils tous obtus et sectaires comme celui qui est mis en scène dans cette reconstitution ? Les auteurs ont peut-être fait un peu de zèle pour rendre plus dramatique le sort de ce soldat injustement condamné. En 1914 l'église obéit ou pour le moins ne s'oppose pas aux injustices qui frappent les combattants mais ne se manifeste pas par un zèle dans l'oppression.


page 39

★ Lire Thème 1-1 / ★ Lire Thème 11-1

Une justice militaire expéditive. Dans le contexte du début de la guerre effectivement cette scène est crédible. L’obéissance et l’ordre constituaient l’épine dorsale de tout système militaire. Le but du droit militaire, contrairement au droit en général, était d’assurer la cohésion et la victoire grâce à la discipline, et non la justice.

Les auteurs des infractions les plus graves dans l’armée étaient traduits en cour martiale. Les cours martiales de régiment et de district jugeaient les délits mineurs alors que les cours martiales générales et les cours martiales générales de campagne étaient réservées aux infractions graves qui pouvaient valoir à leurs auteurs la peine de mort.

Un petit groupe d’officiers constituait la cour martiale. Un « ami du prisonnier » jouait le rôle de ce que nous appelons maintenant l’avocat de la défense, mais les chances du soldat de s’en sortir étaient minces. Les dossiers de cours martiales qui ont survécu et qui sont détenus par Bibliothèque et Archives Canada révèlent que les témoignages des soldats accusés étaient rarement longs ou détaillés et que la cause était jugée après qu’on n’eut entendu que quelques témoins. La grande majorité des soldats accusés étaient déclarés coupables.


page 44

★ Lire Thème 1-2

Les officiers supérieurs soucieux de la vie de leurs hommes. Cette bande dessinée nous montre que les officiers de terrain étaient plus soucieux de leurs hommes que les membres d'Etat major. Ils défendaient leurs hommes et se préoccupaient de leur sort (Colonel Dax des sentiers de la Gloire). Leur sollicitude pouvaient les amener ainsi à désobéir ou du moins se mettre en porte à faux avec les attentes du haut commandement.


page 45

★ Lire Thème 11-1

La légitimité du commandement militaire reposait sur la république et sur les élus de l’assemblée nationale. En 1914 nous ne sommes plus dans les guerres napoléoniennes, l’armée doit rendre des comptes. Beaucoup de combattants et de français écrivent à leurs députés non sans effets sur la conduite de la guerre. Les députés obéissent aussi aux attentes de leurs électeurs …


fauteaumidi.1441907031.txt.gz · Dernière modification: 2015/09/10 19:43 par clemenceau