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Pendant la grande guerre, l'Armée a imposé son autorité par la contrainte sans se soucier de sa légitimité

Liberté, égalité – autorité : forger un discours de légitimité

Eviter que le conscrit se représente en quittant la vie civile , passer de la démocratie à la tyrannie. Un discours républicain se répand dans les manuels à partir de 1900 pour promouvoir l’idée que la hiérarchie n’est pas l’antithèse de l’égalité démocratique mais qu’au contraire elle est la condition nécessaire à son exercice. La subordination devient alors «la règle de la collaboration du supérieur et de l’inférieur, obéir ou commander c’est toujours faire sa part de devoir Ceci en opposition avec la hiérarchie des armées de l’ancien régime, inégalitaire ou les places ne se gagnaient pas au mérite. Discours en école militaire « ne perdez jamais de vue que vous commandez des hommes libres, ne traitez pas vos soldats comme des êtres d’une caste inférieure mais comme des frères d’armes. » Ce discours officiel de l’obéissance volontaire ne sonne pas le glas de l’obéissance passive (la plus courante dans les faits) . Il permet à l’armée de légitimer son autorité au sein de la nation et augmenter la capacité d’obéissance du soldat.

Le lien social premier composant de la légitimité de l'Armée

En 1914 on croit que c’est l’oubli même de cette importance du lien social, assurant verticalement et horizontalement la cohésion disciplinée de l’armée qui a conduit à la défaite de 1870 Avec la république l’armée est devenue nationale et elle a pour mission d’encadrer, d’instruire et éduquer la foule d’individus citoyens, pour accroître leurs rendements social, civils comme militaires. Le service militaire est pour beaucoup un rituel pour le passage au statut d’homme adulte.

La société de 1914 toutes classes sociales confondues place le social au cœur de ses expériences, préoccupations et développements. Grèves, manifestations politico-économiques-religieuses, syndicalisme, socialisme, mutualisme, développement des sciences sociales, anarchisme…, en sont d’autant d’expressions de ce lien social.

bloc astuce

La mort blanche page 87

Désolé de 'spoiler' la fin de l'histoire mais c'est pour la bonne cause. Le méchant a survécu et fait l'épitaphe de son subordonné. Devant témoins il désigne son caporal décédé comme victime de sa désobéissance. Le lecteur à qui s'adresse réellement l'officier, connaît le fin mot de l'histoire et se trouve en capacité de décoder le message. Dans la pensée de l'officier l'obéissance est synonyme de soumission à sa personne, il légitime ainsi son meurtre.

L'auteur nous transmet ainsi un message, et peut-être une morale pour toute son histoire. L'obéissance est présentée et souvent légitimée comme étant au service de l'intérêt général. Dans les faits elle sert souvent des intérêts particuliers souvent sordides.

Putain de guerre page 57

Scène de conseil de guerre très réaliste à porter entièrement au crédit de l’auteur. Ainsi nous remarquons que Jacques Tardy place la scène dans les locaux d’une école. L’école primaire est dans notre référentiel républicain, le symbole de la république. L’école obligatoire a été instaurée avec l’avènement de la troisième république. Tardy nous montre une situation où les soldats jugés sont infantilisés, ramenés à leur condition d’enfants de la république en situation d’être punis. Ces images font écho à celles que nous avons relevées dans son autre album « Adieu Brindavoine » où le personnage principal rêve d’une république incarnée en statue de Marianne, effigie maternelle qui le poursuit avec agressivité pour lui reprocher son manque de combativité et de patriotisme.

Cette association “armée, école” nous apparaît particulièrement pertinente sur un point de vue historique à une période où l'autorité militaire tirait toute sa légitimité dans son enracinement républicain.

La grand guerre de Charlie volume 6 page 235

Ici aussi une scène d'exécution résultant d'une justice sommaire. Ces exécutions ont été très rares mais elle marquent l'opinion publique par leur coté arbitraire.

Quelle légitimité pour cette justice ? D'abord il ne s'agit pas de justice au sens ou nous l'entendons en temps de paix. Ensuite la culpabilité ou non des prévenus importe peu. Ce qui compte et qui est très grave aux yeux des militaires c'est l'idée que l'ensemble de la troupe puisse croire même de façon minime qu'il existe des possibilités de désobéir à bon compte. Pour les cas les plus graves comme se mutiner ou déserter la sentence annoncée est la mort. De fait cette justice militaire illégitime aux yeux de l'opinion publique se traduira par peu d'exécutions effectives.

La grande guerre de Charlie Volume 1

Ici Pat Mills met en scène un officier aristocrate particulièrement odieux. C'est une spécificité du Royaume Uni et de son système de classe. Effectivement suivant votre naissance l'armée de sa majesté vous traitait de façon différente. Si certains abusaient de cette autorité que leur position sociale leur conférait, ils pouvaient néanmoins revendiquer une certaine légitimité issue du système de classe en vigueur dans leur pays.

Notre mère la guerre page 131

Ici le regard des civils (de la société et de la nation) sur le sacrifice des combattants est exploiter par l'armée. Un cérémonial poignant chargé d'émotion semble en apparence improvisé. il s'agit pour l'armée de rappeler au combattant et à la population la légitimité du combat. L'armée tient son pouvoir de la république, elle s'appuie énormément sur cette légitimité pour imposer des sacrifices et exiger l'obéissance.

La faute au midi page 45

La légitimité du commandement militaire reposait sur la république et sur les élus de l’assemblée nationale. En 1914 nous ne sommes plus dans les guerres napoléoniennes, l’armée doit rendre des comptes. Beaucoup de combattants et de français écrivent à leurs députés non sans effets sur la conduite de la guerre. Les députés obéissent aussi aux attentes de leurs électeurs …

page 53

★ Lire Thème 11-1

L'auteur nous montre ici la complexité du lien hiérarchique. En échange de l'implication du commandant Boucharon dans leur mission délicate, le général lui donne un “tuyau” pour obtenir des avantages d'avancement de carrière. Subordonné et Supérieur doivent cohabiter. ils intaurent des règles donnant / donnant (appelées aussi les retour d'ascenceurs) qui respectent les intérêts des deux parties.

page 38

★ Lire Thème 11

Cette scène est intéressante. Elle montre des combattants qui prennent une distance par rapport au discours officiel (et notamment celui de la presse). L’humour et l’ironie leur donnent même une certaine liberté de parole malgré la présence et les intimidations de la hiérarchie. Ce comportement ouvertement indiscipliné peut surprendre dans la mesure où les auteurs de BD nous montrent beaucoup plus dans leurs scénarios la censure et la coercition exercées sur les combattants.

page 42

★ Lire Thème 11

Cet officier cumule tous les clichés du mauvais manager, il rend responsable un de ses hommes des prochaines pertes à venir dans l'assaut à venir. Le but est de stigmatiser le soldat visé au yeux de ses camarades. Contrairement à Robbie Morrison dans “La Mort Blanche” , Le Floch ne nous livre pas les motivations et les ressorts de ce personnage, un lieutenant qui abuse de son autorité. Sadisme ? Peur de ses subordonnés ? de ne pas être à la hauteur ? Nous identifions donc un cliché dans la façon de mettre en situation son héros sous l'autorité d'un supérieur incompétent et tyrannique. Cliché qu'il partage avec d'autres auteurs comme Éric Corbeyran dans la série 14_18.

synthese11.1448129748.txt.gz · Dernière modification: 2015/11/21 19:15 par clemenceau