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brindavoine

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Adieu Brindavoine tome 1

de Jacques Tardy

Grâce à certains “flash-back” durant son délire sur le front, nous avons une connaissance parfaite et un historique complet de ce personnage, le sieur Brindavoine. Il est le personnage le plus proche de Tardi. Bonne conscience de gauche, pacifiste, non violent… c'est un “soixante-huitard attardé” (ou en avance ici) pris dans la tourmente de la première guerre mondiale. Tout n'est bien sûr que clichés, mais clichés bien vus par un Tardi un peu jeune, dans le génie de la lignée des Adèles Blanc-Sec.

notre choix : On aura compris, Tardy dénonce avant tout “La guerre” avec le souci de certaines réalités historiques. Il ne fait pas la promotion de la désobéissance mais agit en amont au niveau de la prise de conscience. Pour beaucoup d'auteurs de BD la désobéissance commence par l'éducation, la dénonciation du discours officiel qui donne une image tronquée et souvent fausse de la guerre. Nous avons choisi ce livre car il est emblématique d'un courant de pensée qui revisite notre histoire avec le point de vue des petits, des sans grade, premières victimes des événements.

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page 52

★ Lire Thème 61

Brindavoine demande aux soldats allemands et français d'arrêter de se battre car leurs chefs les envoient à l'abattoir. Nous pourrions qualifier cette scène de cliché surtout en ce début de guerre (uniformes de 1914). Tardy met en scène ici un personnage de 1968 qui nous fait penser à un manifestant s'interposant entre deux barricades. On a tous en tête ces photos reportage de la fin du XX siècle où des personnes prennent des risques pour interpeller les belligérants et appeler à la raison. (mai 68, Irlande, Chili, place Tian'anmen …)

Tardy a cependant le souci de circonscrire son cliché uniquement à son personnage Brindavoine. On voit que les soldats allemands et français interprètent immédiatement son initiative comme celle d'un d'un fou. Brindavoine ne bénéficie d'aucune sympathie chez ses “collègues” combattants.

On retrouve tout le talent de Tardy qui dessine Brindavoine, encadré dans une parfaite symétrie par de 2 soldats allemands à gauche et par 2 soldats français à droite. Des 2 cotés on réagit avec les mêmes mots prononcés dans sa langues d'origine.

page 54

★ Lire Thème 11

Depuis 1871 l’armée est devenue nationale, agent de discipline sociale. Elle doit désormais encadrer, instruire, éduquer et transformer en soldats cette foule d’individus, citoyens sous l’uniforme, confiée à elle par la conscription, et ainsi insuffler la force physique et psychologique capable d’accroître leur rendement social, civil comme militaire.

Pour prendre en main un groupe les encadrants utilisent la répétition, l’affirmation, la concision (pour ne pas dire la simplification) et des images fortes pour marquer les esprits. Ainsi la chose répétée, reproduite en boucle finit pas s’incruster dans l’inconscient et font naître de manière effective l’obéissance et le respect.

Le dessin de Tardy illustre parfaitement la méthode. Discours simpliste, “Il y a les bons et les méchants, vous êtes les bons, les autres sont des barbares, remettre en question ce postulat c'est hypothéquer votre survie et la notre à tous” - Mise en scène de la troupe avec un alignement parfait. Tenue et attitude de l'officier pour impressionner. Jacques Tardy nous montre la manipulation et l'embrigadement de la troupe.

page 55 (1)

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La présupposée supériorité intellectuelle de l’officier, ne suffisent plus dans l’armée de la république, à placer une troupe en état d’obéissance. Une relation de confiance et de respect, voire d’affection doit dorénavant s’établir entre les soldats et leurs chefs. Le chef doit payer de sa personne pour gagner le respect de la troupe. Les officiers sont appelés à connaître leurs hommes et à gagner leur respect.

Ici Jacques Tardy prend le parti de nous montrer des officiers qui abusent de leur autorité. Il alimente le cliché d'un encadrement arbitraire et tyrannique. Les 8 millions d'hommes mobilisés pendant la grande guerre n'auraient pas pu être dirigés avec de tels comportements de la part de leurs cadres. L'intention de Tardy est d'abord de nous raconter une histoire et ce chef est un ancien copain de classe de Brindavoine. Il utilise son autorité pour régler un compte avec un témoin de son passé, un passé certainement en décalage avec la position qu'il occupe aujourd'hui dans l'armée. Tardy entend dénoncer ici la guerre qui donne des opportunité à certains incompétentes d'exercer du pouvoir sur leurs semblables.

On peut relever deux rapports à l'autorité à l'ordre complètement opposés. Ces deux combattants viennent de la même école communale, du même pays et sont certainement de même condition sociale. L'un est un soldat malgré lui, conscrit de 1914, l'autre est volontaire, il a trouvé une reconnaissance, un sens dans son engagement.

page 55 (2)

★ Lire Thème 22

L’esprit de revanche est entretenue pendant les premières années qui suivent la défaite de 1871. Dans cetaines écoles les enfants font des exercices avec des fusils de bois, mais ceux-ci sont rangés au placard dans les années 1890. Vingt ans se sont écoulés et avec la nouvelle génération l’esprit de revanche s’est délité.

Ce cliché est loin des familles françaises. Les petits garçons français n'étaient pas élevés dans le culte de l'armée, formatés dès le plus jeune âge pour obéir. Jacques Tardy nous propose un héros Brindavoine issu d'une famille de militaire ou le père officier est mort en service dans les colonies chez les “sauvages” … C'est une critique sociale et politique d'une société où les valeurs conservatrices, bourgeoise et religieuses ont participé aux grandes souffrances de l'époque.

page 56

★ Lire Thème 101

Entre 1870-1914 le discours officiel militaire insère progressivement dans la psychologie du citoyen-soldat le poids du regard des autres. Des alter ego soldats, du chef, du regard sur le chef, sur le groupe, des citoyens civils. Le regard des siens et des concitoyens doit maintenir l’individu soldat sous pression et favoriser la consolidation du sentiment de solidarité et du devoir d’obéissance.

Peut-être la page la plus remarquable de Jacques Tardy dans cet album Brindavoine. Ici l'auteur évoque le regard de la société sur le soldat. Le soldat Brindavoine délire. Sa culpabilité de ne pas être un soldat à la hauteur, se personnifie dans cette Marianne. Mariane l'invective, lui indique le chemin du sacrifice. Après avoir refusé d'obéir, Brindavoine devra aussi se débarrasser du coq (emblême de la France) qui le poursuivra avec agressivité.

Effectivement l'institution militaire et le politique ont largement jouer sur cette corde pour enfermer le combattant dans son devoir. Tous les médias (y compris la BD) par le biais de la propagande ont contribué à cette pression sur le poilu.

page 58

★ Lire Thème 51

S’arranger avec la mort signifie aussi s’organiser avec l’ennemi. On communique, on procède à des échanges. Quand une unité est relevée elle passe à la suivante des consignes de cohabitation, de bouche à oreille bien sûr.

la fraternisation que Tardy met en scène dans cet album au début de la guerre est un peu exceptionnelle. C'est une vrai communauté de déserteurs des deux armées qui se cache et essaie de se tenir à l'écart des combats. Peut-être des précurseurs hippies ? Cette forme de désobéissance est restée marginale. Cette scène nous renvoie aux années 60, aux objecteurs de conscience et aux chansons de Graeme Allwright contemporain de Tardy.

page 60

★ Lire Thème 81

Comment expliquer dans ce conflit et dans d’autres qui ont suivi, le conformisme de certains militaires qui ne se sont pas opposés à des ordres abusifs, et parfois même les ont appliqués à la lettre, sans discernement en s'exonérant de toute responsabilité personnelle. Ce sont les crimes d'obéissance.

Ici ce soldat vient de tuer d'une balle dans le dos, un déserteur allemand non armé. Dans son désir de dénoncer la guerre le scénariste ne s'embarrasse pas de subtilité dans les personnalités de ses personnages. Aux esprits libertaires et pacifistes, il oppose les esprits bornés, conformistes et criminels.

brindavoine.1473618302.txt.gz · Dernière modification: 2016/09/11 20:25 par clemenceau