Outils pour utilisateurs

Outils du site


la_mort_blanche_-_chronique_de_la_der_des_ders

La Mort blanche - Chronique de la der des ders

Scénariste : MORRISON Robbie
Dessinateur : ADLARD Charlie

Date de parution : 07/05/2014

Dans les montagnes italiennes, soldats italiens et allemands se déchirent. Parmi eux, un soldat issue d'une province italienne annexée qui fut intégré de force dans l'armée allemande et, une fois prisonnier, dut rejoindre l'armée italienne. Ce livre évoque les relations avec les prostituées de l'arrière, l'inhumanité des officiers, la folie de la guerre qui tente de “domestiquer” la nature en provoquant des avalanches pour décimer l'ennemi.

Notre attention s'est portée sur ce livre pour sa qualité mais aussi parce que nous avons relevé le comportement des deux personnage principaux, le lieutenant et le caporal . Deux façons bien différentes d'aborder sa condition de combattant, d'obéir et de désobéir. Des choix qui s'éloignent souvent de la morale.


page 13

★ Lire Thème 13

Ce combattant fait une critique politique de l’autorité militaire. Les combattants étaient conscients des faiblesses de leurs chefs et parfois de leurs incompétences. Ce dialogue est emblématique de leur état d’esprit, comment expliquer alors sa chute « que Dieu nous préserve » ? Cette expression porte une résignation et de fait une acceptation du système social et politique de leur pays. L’acte de désobéissance n’est donc pas naturel, même en danger de mort et conscient des abus dont ils font l’objet, les combattants de 1914 ne se distinguent pas par leur esprit de rébellion. On peut relativiser dans le cas des monarchies (Italie, Allemagne …) qui ne vont pas survivre au conflit.

Note : Ce constat est présent dans les autres conflits du XX siècle. Par exemple nous avons relevé que la guerre d’Algérie se distingue par la docilité et le conformisme du contingent, et cela malgré l’époque qui annonçait un vent de rébellion sociale en France. Il faut lire l'album ‘Azrayen’ de Frank Giroud et de Lax.


page 16

★ Lire Thème 42

Ici le cas des mobilisés des provinces annexées (Italie du nord) est évoqué. Les Alsaciens mais aussi les combattants d'origine de pays neutres (L'espagnol de Mattéo de Jean-Pierre Gibrat) étaient victimes de suspicions de la part de leurs camarades. Si ce gradé antipathique s'en prend aux origines d'un soldat c'est qu'il sait qu'il va réveiller chez ses hommes de la xénophobie et de l'animosité à l'encontre du soldat. C'est une façon d'assoir son autorité en divisant le groupe de ses subordonnés. Même si l'encadrement de premier niveau était le plus souvent des réservistes proches de leurs hommes pendant la grande guerre, les scénarios de BD comme toutes les bonnes histoires ont leurs méchants qui ont du pouvoir sur le héros. Historiquement cela ne rend pas justice à l'ensemble des cadres subalternes de la guerre de 14-18. Citons entre autres la Série 14-18, Le sang des valentines, Mattéo… A l'inverse d'autres prennent le contrepied de ce cliché, nous pensons particulièrement à l'album les Godillots. Les scénaristes nous renvoient à notre propre vécu (qui n'est pas ou n'a jamais été confronté à un petit chef) et ils savent ainsi que le procédé d'identification au héros fonctionnera mieux.


page 39

★ Lire Thème 91

Ici s'opposent les deux personnages principaux de l'histoire.

D'une part un sous-officier récemment promu lieutenant, qui devant les risques encourus, la souffrance de sa condition de combattant , l'absurdité du système de classe, décide de retourner la situation à son avantage en utilisant et sacrifiant ses hommes pour servir sa promotion. A contrario, l'autre personnage est un caporal qui subit la guerre. Il réfute la légitimité du combat qu'on lui impose. Il n'est pas dupe du comportement de ses supérieurs et conserve une attitude critique vis à vis des ordres qu'on lui donne.

A porter au crédit de l'auteur, ce personnage est un rebelle malgré lui ou plutôt un rebelle de circonstance. Il n'a rien d'un insoumis romantique. Ses motivations n'épousent pas de grandes causes humanistes ou politiques bien loin des clichés simplistes. L'histoire de MORRISON Robbie est intemporelle et pourrait se décliner dans d'autres contextes historiques.


page 71

★ Lire Thème 55

Se porter volontaire pour des missions dangereuses vous plaçait en haut de l'échelle de l'obéissance. La réaction de colère du subordonné qui est impliqué malgré lui, fait écho sur le plan historique au comportement des combattants dans les tranchées. Dans l'adversité, les soldats déployaient des stratégies de contournements ou d'inerties pour éviter d'être exposés ou pour le moins tentaient de se faire oublier quand leur hiérarchie envisageait des initiatives.


page 87

★ Lire Thème 111

Désolé de 'spoiler' la fin de l'histoire mais c'est pour la bonne cause. Le méchant a survécu et fait l'épitaphe de son subordonné. Son discours comporte deux niveaux de lecture. Devant témoins il désigne son caporal décédé comme le responsable de sa mort car il ne savait pas obéir. En première lecture on comprend que ce caporal n'était pas un bon combattant et qu'il a été victime de son incompétence à suivre les consignes. Le lecteur à qui s'adresse réellement l'officier, connaît le fin mot de l'histoire et se trouve en capacité de décoder le message. L'obéissance dont il est question est en fait, la soumission à sa personne que l'officier attendait de son subordonné. Pour lui avoir tenu tête et donc ne pas lui avoir obéi, l'officier a fait en sorte d'éliminer son caporal.

L'auteur nous transmet ainsi un message, et peut-être une morale pour toute son histoire. L'obéissance est présentée et souvent légitimée comme étant au service de l'intérêt général. Dans les faits elle n'existe que dans le service d'intérêts particuliers souvent sordides.


la_mort_blanche_-_chronique_de_la_der_des_ders.txt · Dernière modification: 2015/09/09 21:16 par clemenceau