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En août 1914, quand éclate la guerre, le destin de Mattéo bascule. Fils d'un anarchiste espagnol, disparu à jamais en mer, Mattéo, parce qu'il est étranger, échappe à la mobilisation générale. Première contradiction : alors que son ami Paulin et les garçons de son âge partent à la guerre en braillant, le jeune homme, élevé par sa mère au biberon du pacifisme, ressent confusément la honte de rester à l'arrière, avec les femmes et les vieux. Paradoxe encore, plus insupportable celui-ci, Mattéo côtoie quotidiennement Juliette, quand celle-ci tremble pour Guillaume de Brignac, engagé dans l'aviation. Absurdité toujours : quand, taraudé par le remords de n'être pas au front aux côtés de son ami, et meurtri par la belle indifférence de sa Juliette, Mattéo se décide enfin à rejoindre les tranchées, Paulin, lui, est définitivement renvoyé dans ses foyers.
beau roman graphique, d'aventures, salué par la critique On trouve un peu tous les poncifs des récits sur la Première Guerre Mondiale (l'enfer du front, la désertion, l'incommunicabilité de ce qu'on a vu, les gueules cassées). Cependant ce héros “Mattéo” subissant les contraintes sociales et historiques de 1914, n'est pas de son époque. il est très contemporain. L'obéissance, le conformisme des personnages de l'histoire sont là pour mettre en valeur le coté rebelle du héros, nous livrant une image romantique de la désobéissance.
En 1914 toutes les classes sociales sont représentées parmi les combattants. Certains font jouer leurs relations pour obtenir des postes moins exposés mais il serait faux de penser que les classes dites « favorisées » ont moins contribué à l’effort de guerre. La mortalité des officiers subalternes y compris les aviateurs, était un peu plus élevée que la moyenne, là où les fils de bonnes familles étaient très bien représentés. Ce que l’auteur montre dans cette première partie de son album c’est que la guerre n’abolit pas les classes sociales, certains y trouvent même une opportunité pour faire valoir leur rang et leur position sociale.
En 1914 Peut-on raisonnablement penser que l’ensemble des parents ont laissé partir à la guerre leurs jeunes dans un enthousiasme euphorique ? Quelques documentaires nous montrent régulièrement des images de départ bon enfant, avec des chansons et des inscriptions agressives à l’encontre du kaiser. Peut-être ces manifestations étaient -elles l’expression un déni des dangers encourues ? De là à transformer tous les villages de France et de Navarre en viviers d’inconscients et de « va-t-en guerre » … Il s’agit ici pour l’auteur de marquer les différences entre son héros et les autres villageois, son décalage et son inadaptation à son environnement. C’est certainement au détriment d’une réalité historique : l’idée de revanche, obsessionnelle en France après la défaite de 1870, s'est estompée dès les années 1880 ; aucun parti politique, après la crise boulangiste, ne revendique le retour à la mère patrie des provinces perdues ; pour la plupart des Français de 1914, ce n'est plus qu'une vieille histoire
Remarque : Le maire du village est extrêmement bien dessiné sur cette planche, image forte d'un crétin heureux de son malheur à venir.
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Le regard des autres pèse sur les jeunes garçons. C’est une vrai pression sociale qui s’exerce sur les hommes en âge de combattre visant à les faire culpabiliser si ils ne s’engagent pas . En Angleterre avant la conscription obligatoire les jeunes filles distribuaient des plumes (en référence aux poules mouillées) aux jeunes hommes qui n’étaient pas au front.
La religion était présente dans les tranchées. Les auteurs de BD l’évoquent à juste titre. Ici où elle n’occupe pas le devant du scénario, l’auteur l’évoque subtilement à travers cet échange entre le héros et un autre combattant. Cette anecdote a le mérite de nous rappeler que sur ce sujet on ne peut pas stéréotyper les comportements individuels. Si le vécu des combattants a pu les transformer dans leur personnalité et leurs croyances, ces transformations ne peuvent pas être globalisées dans un sens ou un autre. Sur le plan de l’aptitude à obéir ou désobéir, elle sous-tend que les individus libérés de l’influence religieuse gagnaient en libre arbitre. Effectivement les églises ont souvent accompagné les contemporains de 1914 dans la résignation devant les événements. Cependant le cliché le plus répandu chez les scénaristes consiste à associer systématiquement désobéissance et athéisme, plaçant de fait les choix et le comportement des individus dans une logique politique, plus précisément dans la logique d’affrontement des cléricaux et anti cléricaux, (gauche- droite), de la fin du XIX siècle. On a vu que la désobéissance pendant la grande guerre, y compris les grandes mutineries de 1917 n’étaient pas politisée.
Faut-il systématiquement dans un scénario de BD sur la guerre de 14-18 un chef borné, obtus , sourd aux remarques de ses subordonnés. Comme s’il fallait justifier d’avance le héros dans ses transgressions à venir envers l’autorité et la morale ? Pour ne pas bousculer le lecteur, on prend souvent soin de montrer un héros rebelle à l’autorité avec des raisons acceptables, voire louables dans notre morale contemporaine (on prend garde de rester dans politiquement correctt du moment). On remarque que certaines œuvres plus récentes comme « Notre mère la guerre » n’ont pas joué sur cette corde simpliste. Les personnages sont confrontés à des événements extraordinaires et dramatiques, il n’est pas nécessaire d’en rajouter . Les personnages sont en face de leurs choix et de leurs consciences.
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Cette scène est intéressante. Elle montre des combattants qui prennent une distance par rapport au discours officiel (et notamment celui de la presse). L’humour et l’ironie leur donnent même une certaine liberté de parole malgré la présence et les intimidations de la hiérarchie. Ce comportement ouvertement indiscipliné peut surprendre dans la mesure où les auteurs de BD nous montrent beaucoup plus dans leurs scénarios la censure et la coercition exercées sur les combattants. Nous avons retenu cette scène car elle nous paraît intemporelle, on la retrouve dans beaucoup d’autres contextes autres que la grande guerre, dans le cinéma et dans la littérature. De fait elle nous parait crédible et rend ces soldats plus proches de nous.
Après nous avoir montrer un chef autoritaire, obtus, dangereux, le pire salopard que la terre ait porté, voilà que cette énergumène est en mauvaise posture. Notre héros a l’opportunité de lui régler son compte sans aucune conséquence pour lui et avec l’assentiment et l’approbation des lecteurs. Et bien non ! Notre héros est vraiment un type bien … Les auteurs (voir cette même scène dans le ‘sang des valentines ‘) ne conçoivent la désobéissance que dans un cadre aseptisé … Faudrait pas choquer … Désobéir c’était pourtant souvent de la violence, (pillages, meurtres , vols …). Nos auteurs comme beaucoup n'osent pas s'aventurer sur ce terrain pourtant fort intéressant ( la série “Notre mère la guerre” se distingue nettement sur ce plan de la série Mattéo)
Un scène d'exécution très esthétique. Ces scènes de fusillés sont systématiques. Tous les albums en portent au moins une. Elles sont surreprésentées par rapport à la réalité des faits, elles font chambre d'écho au ressenti et à l'émotion de la population française par rapport à ces exécutions depuis la guerre.
Les médailles étaient souvent très appréciées et ici le héros se distingue de la norme en témoignant son peu d'intérêt pour cette reconnaissance. Les hommes du rang ne recevaient pas la légion d'honneur réservée aux officiers. Clairement les auteurs font référence ici à un antimilitarisme d'aujourdhui. L'auteur de Bandes Dessinées, référent sur la grande guerre, Jacques Tardy n'a t-il pas refusé récemment la légion d'honneur ?
La fracture entre ceux qui ont connu le front et de ceux de l'arrière. Elle est systématiqument évoquée à travers le thème des embusqués. (Notre mère la guerre, 14-18, la grippe coloniale …et ici Mattéo ) Evidemment les héros se situent toujours dans le groupe de ceux qui ont connu le front. Pour raconter une histoire, les personnages principaux ont ainsi plus de relief, de blessures de l'âme, de vécu. A quand une histoire d'un embusqué ? d'un gars qui désobéit en trouvant un échappatoire légal ou non. Les héros sont donc souvent dans le camp de ceux qui obéissent, ils obéissent à minima au moins à la morale. L'album “Mauvais genre” se distingue, puisque sont personnage principal est un déserteur.
Décidément JEAN-PIERRE GIBRAT reste dans le politiquement correct. Son héro tout anarchiste ou révolutionnaire qu'il soit, ne déserte pas de son plein grès. Sa mère et ses amis doivent le saouler pour l'embarquer de force vers l'Espagne. Plutôt que de nous parler d'un cas de conscience d'un homme de 1914 qui déserterait, ici l'auteur préfère mettre en scène un personnage qui ne décide pas de son destin, ballotté par les événements et la guerre (profil plus consensuel peut-être aux yeux de ses lecteurs).