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NOTRE MÈRE LA GUERRE

auteurs : Un récit de Kris. Dessin et couleur de Maël

Série de 4 albums : première complainte, deuxième complainte, troisième complainte, Requiem
Date de parution : 2009 à 2012

Janvier 1915, en Champagne pouilleuse. Cela fait six mois que l’Europe est à feu et à sang. Six mois que la guerre charrie ses milliers de morts quotidiens. Mais sur ce lieu hors de raison qu’on appelle le front, ce sont les corps de trois femmes qui font l’objet de l’attention de l’état-major. Trois femmes froidement assassinées. Et sur elles, à chaque fois, une lettre mise en évidence. Une lettre d’adieu. Une lettre écrite par leur meurtrier. Une lettre cachetée à la boue de tranchée, sépulture impensable pour celles qui sont le symbole de la sécurité et du réconfort, celles qui sont l’ultime rempart de l’humanité. Roland Vialatte, lieutenant de gendarmerie, militant catholique, humaniste et progressiste, mène l’enquête. Une étrange enquête. Impensable, même. Car enfin des femmes… c’est impossible. Inimaginable. Tout s’écroulerait. Ou alors, c‘est la guerre elle-même qu’on assassine…

Le thème de l'obéissance suinte par tous les ports de ce polard … Il y a d'abord la transgression avec ces meurtres de femmes. Les auteurs les situent dans un monde apocalyptique où les tueries de masse s'effectuent dans la légalité et dans l'obéissance. Nous suivons des personnages marqués par des parcours et des origines différentes (officiers, soldats, catholiques, humanistes, femmes, hommes, jeunes, vieux, bourgeois, délinquants…). Le personnage de l'enquêteur doit affronté le décalage entre la réalité de la guerre qu'il découvre et le monde tel qu'il le percevait auparavant. Essayer de comprendre c'est tout remettre en cause dans une quête dangereuse et douloureuse.

Faut-il suivre sa conscience, ses instincts (y compris celui de survie), les attentes des autres, obéir à son devoir ( ce que la société attend de vous) ?

Les auteurs nous racontent que ces obéissances ne sont pas toujours compatibles, nous entraînant dans des situations incohérentes qui nous coûtent très cher.


page 12

★ Lire Thème 2-2

La grande majorité des français est surprise par la déclaration de guerre. Cette scène est particulièrement évocatrice de l’été 1914. La guerre de 1871 et l’esprit de revanche sont loin, les gens connaissaient le risque de conflit avec l’Allemagne mais n’y croyaient pas vraiment. Cette population n’est pas particulièrement préparée à entrer en guerre, ni unie par un esprit guerrier.

On note que dans beaucoup de scénario de bande dessinées, l'histoire débute comme ici avec le début de la guerre. Il s'agit de montrer les protagonistes dans leur environnement civil apaisé. La tension monte avec l'arrivée de la guerre. Les oeuvres plus récentes inspirées par l'avènement du centenaire de la grande guerre, montrent avec un certain réalisme historique cette insouciance dans le pays. C'est le cas entre autres de la série 14-18, de la grippe coloniale …

Les bandes dessinées moins récentes débutent souvent par la mobilisation. On met en scène l'enthousiasme des futurs combattants tel qu'on le perçoit aujourd'hui dans quelques clichés d'époque avec les défilés et les départs en train. Il y a quelques années les auteurs étaient plus pressés de dénoncer la guerre. Il s'agissait de montrer (car le lecteur connait l'Histoire de France) l'inconséquence, les illusions de ceux qui avaient choisi la guerre. Le peuple aurait été crédule, prêt à obéir et assez idiot pour en rajouter et se prêter au jeu. L'effet dramatique est ainsi garanti, le lecteur perçoit tous ces jeunes mobilisés euphoriques comme des morts en sursis. (voir Mattéo la scène du maire du village euphorique avec son fils en uniforme de conscrit)

La guerre serait donc d'abord l'affaire d'imbéciles ?

Bravo à ces nouveaux scénarios qui montrent cette guerre comme non attendue et hors du champ des soucis des contemporains de 1914.


page 29

★ Lire Thème 1-1

Les prises d’armes et les grands alignements de troupes ne sont pas propres à la grande guerre. Toutes les armées ont organisé (ou organisent) aussi de grande parades qui marquaient les esprits et donnaient corps à la légitimité de leur autorité. Ici le général a mis en scène le cercueil d’une bonne sœur assassinée. Il utilise un langage fort et imagé pour impressionner la troupe, bousculer les esprits les plus faibles.

On sent toute la puérilité de ce comportement autoritaire. Ce général exige un coupable immédiatement. Ce regroupement de soldats va provoquer un bombardement allemand et le général y perdra d'abord son autorité quand ses hommes se débanderont et ensuite la vie.

Cette chute grotesque à venir montrera l'absurdité et l'incompétence de cette forme d'autorité.


page 39

★ Lire Thème 1-1

Scène très réaliste qui évoque le rapport hiérarchique dans l'institution militaire. Le jeune lieutenant est particulièrement maladroit dans sa requête. Avec toute sa naïveté et drapé de ses idéaux, il ne respecte pas les codes en s'exprimant directement. Il devrait suggérer, attirer l'attention mais en aucun cas son rang ne lui permet de poser des conditions aussi justifiées soient-elles pour la bonne réalisation de sa mission. L'obéissance s'accompagne donc de codes et d'un certain formalisme complètement étrangers à la notion d'efficacité.

Le face à face de profil est particulièrement réussi. Il évoque parfaitement l'expression “se prendre une soufflante”. L'auteur ne tombe pas dans la caricature d'autorité. Nous comprenons que le commandement qui régit un front de milliers de soldats, perçoit cette enquête criminelle comme une charge supplémentaire à traiter dont il faut se débarrasser au plus vite.

L'intention de l'auteur est d'abord de nous montrer l'isolement du héros dans sa quête de la vérité.


page 80

★ Lire Thème 10-1

Une première lecture nous montre la mansuétude d'un officier qui passe l'éponge sur la défaillance d'un soldat. Scène assez rare dans la bande dessinée, plus prompte à nous montrer des officiers qui motivent leurs hommes sous la contrainte d'une arme. En deuxième lecture on relève un procédé particulièrement efficace. L'officier délègue le problème à son subalterne. il implique celui ci en mettant en cause ses compétences de chef de groupe et en valorisant l'enjeu, à savoir faire de ce jeune soldat un homme.

On voit ici que l'obéissance ne passe pas par la contrainte mais par le regard du supérieur sur le subordonné. Ce dernier est responsabilisé, il doit prendre en charge complètement ces jeunes gens qui dépendront entièrement de ses compétences et de son expérience. Bien entendu l'officier manipule son caporal en exploitant son amour propre et sa sensibilité pour ses jeunes recrues.


page 95

★ Lire Thème 5-4

Dans la BD contemporaine sur la grande guerre les auteurs abordent de plus en plus ce phénomène encore tabou de la désobéissance. A savoir se constituer prisonnier. La thèse d'André Loez et Nicolas Mariot aborde ce sujet. Etre prisonnier c'était un moyen sûr d'échapper à la guerre. Le dessin rend particulièrement compte de la surprise des jeunes soldats français qui prennent conscience de cette réalité dans un échange avec un prisonnier de guerre allemand.


page 104

★ Lire Thème 12-1

Image très forte que cette église dévastée qui sert de morgue et ce Christ abîmé, désaxé de sa croix. cette scène évoque la détresse d'un jeune officier confronté à la réalité de la guerre. Le décor est à l'image de ce que le personnage ressent. Ses valeurs, croyances, certitudes sont mises à mal. Il est en quête de réconfort et de repères pour affronter son quotidien. Beaucoup de soldats étaient pratiquants. La BD occulte souvent ce rôle de la religion dans les consciences des combattants. Elle préfère souvent montrer l'autre face, celle du doute et de l'abandon des croyances devant les réalités de la guerre. Cette tendance est marquée avec une génération d'auteurs comme Jacques Tardy qui dénnonçent un certain ordre social ou la religion joue un rôle politique.


page 113

★ Lire Thème 5-2

Notre mère la guerre, une des rares BD qui évoquent les actes délictueux et les crimes commis sur le front. La thèse de André Loez et Nicolas Mariot relève l'importance de ces délits. Ils constituaient la majorité des affaires traitées par les tribunaux militaires bien avant les cas de désertion et d'insubordination au feu.


page 131

★ Lire Thème 11-1

Ici le regard des civils (de la société et de la nation) sur le sacrifice des combattants est utilisé par l'armée. Un cérémonial poignant chargé d'émotion semble en apparence improvisé. il s'agit de jouer sur la corde sensible des combattants, de valoriser leurs sacrificse et leur faire porter sur les épaules le salut de toute une nation. Dans cette scène on voit que les soldats sont ainsi manipulés avec un certain succès.


page 147

★ Lire Thème 12-1

Dans cette scène les auteurs nous montre une utilisation de la religion pour “asservir” les consciences et les âmes. Le procédé est direct et sans artifice. Il prépare ce que sera la prière des parachutistes français à partir de la deuxième guerre mondiale. A savoir donner du sens et de la reconnaissance à la souffrance et à la violence.

Mon Dieu, mon Dieu, donne moi, la tourmente Donne-moi, la souffrance… Ce dont les autres ne veulent pas Ce que l'on te refuse…


page 154

★ Lire Thème 5-2

Les auteurs nous montrent ici la préoccupation de millier de soldats à savoir calculer, réfléchir au déploiement de stratégies personnels pour contourner le danger et se préserver. La thèse d'André Loez et Nicolas Mariot met l'accent sur ce phénomène. Cette scène nous renvoie aux comportements et stratégies individualistes que les individus développent en temps de crise économiques, sociales, guerres … dans d'autres contextes historiques et aujourd'hui encore.


page 157

★ Lire Thème 5-3

Encore bravo à “Notre mère la guerre” qui nous montre des actes de rébellions qui ont pu aller jusqu'au meurtre de gendarmes. Quand on sait le rôle de la gendarmerie dans la contrainte pour maintenir les soldats au front, on ne peut pas s'étonner de réactions violentes quand l'opportunité se présentait à certains mutins. Les assassins de gendarmes justifiaient alors leur acte par des considérations politiques pour ne pas être confondus avec de simples coupe gorges. Ils voulaient que leur motivation soit clairement identifiée dans la mise en scène de leur crime.


page 158

★ Lire Thème 5-3 ★ Lire Thème 5-2

Ici on voit que les soldats du train de permissionnaires sont passablement impressionnés par la mise en scène macabre du meurtre des gendarmes. Il ne se manifestent pas par une adhésion au crime mais ne le désapprouvent pas. La plus part instaurent une distance avec l'événement comme s'il étaient des observateurs complètement étrangers au contexte. Ils utilisent l'humour noir et le cynisme pour commenter à chaud ce qu'ils découvrent mis en évidence sur le bord de la voie ferrée.


page 161

★ Lire Thème 5-2 ★ Lire Thème 6-1

La thèse d'André Loez et Nicolas Mariot nous précise bien que les mutineries sont apparues la plus part du temps à la suite d'excès et d'abus sur les conditions de vie des combattants. Les soldats se sont rebellés devant ce qu'ils vivaient comme des injustices. Dans cette scène les esprits sont d'autant plus échauffés que les hommes viennent d'assister au spectacle d'une mise à mort de gendarmes représentants de l'ordre. Tout le savoir faire des auteurs transparaît pour faire monter la tension.


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page 163

★ Lire Thème 10-1

Jeux complexes de regards croisés sur l’individu

Entre 1870-1914 le discours officiel militaire insère progressivement dans la psychologie du citoyen-soldat le poids du regard des autres. Des alter ego soldats, du chef, du regard sur le chef, sur le groupe, des citoyens civils. Le regard des siens et des concitoyens doit maintenir l’individu soldat sous pression et favoriser la consolidation du sentiment de solidarité et du devoir d’obéissance.

Alors que la tension est portée au plus haut point, qu'une insurrection et un carnage peuvent subvenir à tout instant, ce train de civil vient s'interposer entre les permissionnaires et la police militaire. Nous voyons que là où la contrainte allait échouer, le regard des civils, de ceux de l'arrière vient interrompre le processus de violence. Les mutins en devenir sont immédiatement assaillis de culpabilité.


page 165

★ Lire Thème 6-1

Une scène particulièrement bien vue de la part de nos auteurs, nous montre qu'un des rares permissionnaires rebelles qui avait exprimer sa colère sur le plan politique, après une dernière hésitation, abandonne son chiffon rouge et rejoint la majorité de ses compagnons dans la fraternisation avec les civiles. Scène très révélatrice sur le plan historique des motivations et des états d'âme des combattants dans les mutineries.

Cette scène nous renvoie avec un grande force à ce qui peut se passer aujourd'hui dans certains mouvements sociaux où les grévistes subissent le regards des médias et des usagers et ne veulent pas politiser leurs revendications.


page 177

★ Lire Thème 6-1

Evoquation de mouvements sociaux à l'arrière. Ces revendications féministes et salariales s'inscrivent dans une société qui est en pleine évolution avec le bouleversement des moeurs et usages liés à la guerre. Les auteurs nous montre aussi que les combattants ici en permission ne comprennent par forcément ces changement puisqu'ils sont isolés aux front et vivent une très forte contrainte pour obéir.


page 181

★ Lire Thème 12-1

la société de 1914 esst une société moderne et laïque depuis 1905. Beaucoup de gens ont pris des distances vis à vis de la religion notamment suite aux affrontements laïque et anti-laïques de la fin du XIX siècle. les auteurs nous montre donc à juste titre les limites de l'influence de l'église.


page 204

★ Lire Thème 11-1

Scène intéressante où un officier missionne un caporal pour prendre en charge un groupe de nouvelles recrues. Il le responsabilise en l'impliquant directement dans l'objectif recherché : quelque soit le moyen, faire de ces jeunes gens des combattants. Pour accentuer la pression il lui signifie qu'il ne le considère pas comme un vrai soldat de métier, lui fixant insidieusement ainsi un défi à relever, à savoir “justifier” son rang, et la reconnaissance possible de l'armée. En échange il lui accorde une certaine liberté d'action.

On retrouve ainsi dans ces consignes un ton affirmé. Des instructions simples avec un objectif unique trés clairement identifié.


page 205

★ Lire Thème 10-1

Procédé classique du sous-officier à l'incorporation de jeunes recrues. Il s'agit pour le chef de marquer d'entrée son territoire et d'affirmer sans équivoque son autorité. L'individu est ravalé au rang de simple composant d'une troupe. Il doit oublier son comportement dans la vie civile pour rentrer dans un moule qui le dépersonnalise.

Non seulement ce procédé est toujours utilisé dans toutes les armées du monde, mais il inspire parfois d'autres professions comme certains professeurs qui prennent en main une nouvelle classe d'élèves.


notremerelaguerre.1473621999.txt.gz · Dernière modification: 2016/09/11 21:26 par clemenceau