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En pleine guerre des tranchées, une escorte militaire conduit le bourreau de Paris et sa guillotine jusqu'en Belgique, pour les besoins d'une exécution. Une adaptation en BD d'un roman philosophiquement brillant.
chronique planète BD :
A travers ce one-shot, François Bourgeron adapte de belle manière (en évitant de retranscrire littéralement) un roman brillantissîme de François Sureau, ancien énarque. Le titre, a priori, et le propos, a posteriori, nous donnent à réfléchir sur le sens et le poids de « l'obéissance ». En effet, la quasi-totalité des prévenus, au lendemain des conflits armés, ne montrent aucun scrupule devant leurs juges : ils sont au contraire fiers de leur discipline. Peut-on donc s'enorgueillir de s'être réfugiés derrière l'ordre et le devoir ? Est-ce se mentir que de nier la moindre once de responsabilité ? Dans cette histoire un peu dingue de bourreau à convoyer (d'un pays à l'autre, en passant par l'occupation d'un troisième), l'absurdité de la guerre et de la peine de mort se rejoignent. Dans le déroulé des événements, cette mission confine même à une situation absurde paroxystique : au beau milieu d'une des pires confrontations guerrières de l'Histoire, un gouvernement envoie 7 hommes, au péril de leur vie, procéder à l'exécution d'un condamné de leurs rangs, avec la complicité de l'ennemi ! Dans la lignée de ce synopsis, on grimpe progressivement dans le kafkaïen : entre le bourreau des belges qui existe pour des prunes, le bourreau des français pleutre et cocu, et le condamné qui trépigne presque d'être exécuté, c'est à un voyage au bout de l'absurde que nous convie François Sureau. En tous cas, en marge d'une réflexion sur l'obéissance, cette histoire est divinement écrite et dialoguée. On touche sans doute ici à la quintessence de la conscience politique, du point de vue de la philosophie. Ou lorsque la machine administrative, l'appareil d'état, dans ce qu'ils ont de plus primaire, s'opposent à l'humanisme (ou à la morale) le plus élémentaire. On devine l'adaptation malaisée, car l'histoire morcelle les points de vue de moult protagonistes, des héros quasiment tous froids et méprisables, de par leur absence totale d'humanité. Mais en prime de l'excellent choix de l'oeuvre, Bourgeron trouve la juste mise en scène, et applique sa ligne graphique moderne et très personnelle (voir Aziyadé), rehaussée par la colorisation austère de Claire Champion. Le one-shot peut paraître difficile d'accès, mais il est plein de sens.
Toute l'histoire porte ce thème de l'obéissance. Nous avons relevé 2 points dans cet album.
Tout d'abord, une situation des plus absurde, avec des ordres dépourvus de sens. Cette situation parle au lecteur, nous avons tous été confrontés à des consignes ou des ordres que nous jugions inefficaces, inadaptés voir incohérents avec les buts recherchés.
Ensuite dans cette histoire, les protagonistes ne sont pas enfermés dans des contraintes. A plusieurs moments ils ont la possibilité d'interpretter les ordres et même de se défiler, pourtant ils jouent le jeu de l'absurde et obtempèrent. Chaque personnage porte ses motivations et nous livre un regard différent sur l'obéissance.
Le capitaine Loth - Suite à un accident d'avion, il ne peut plus voler et il perdu sa vocation. Ce personnage est une gueule cassée au sens propre comme au sens figuré. Remplir une mission, être utile est un pis aller à son mal être. Il peut encore exister et ne pas se perdre complètement en se réfugiant dans son devoir et dans l'obéissance. L'obéissance comme un refuge.
Le bourreau Deibler - Cocu, faible, lâche Deibler aurait pu se défiler devant cette mission. Aucune obligation ne le tenait. Il s'est laissé convaincre par sa femme sensible aux 'flatteries' des autorités militaires. L'obéissance par faiblesse.
Les hommes de troupes - Ils sont conscients des dangers encourus mais ils apprécient leur rôle qui les expose moins qu'en première ligne. Ils tirent quelques avantages de leur condition militaire notamment auprès des femmes. Dans cette histoire ils ont abandonné toute responsabilité aux officiers et apprécient d'être uniquement des exécutants. L'obéissance en échange du confort.
Le commandant Boucharon - Officier carriériste il sait ne pas avoir l'étoffe d'un chef et essaie de minimiser au maximum son implication. L'obéissance pour se défiler.
Lieutenant Verbrugge(le héros) - personnage complexe. Issu d'une bonne famille, éduqué et intelligent. L'épreuve des combats et ses blessures l'ont rendu blasé. Il prend beaucoup de recul par rapport aux ordres et à ses missions. Engagé volontaire certainement pour l'aventure (peut-être à l'origine en quête de sens à sa vie oisive) il est maintenant dépassé par l'absurdité de cette guerre. Il s'implique personnellement dans la réussite de sa mission, son aboutissement lui devient de plus en plus vital que l'asurdité de l'objectif croît au fil de l'histoire. L'obéissance comme un défi en quête de sens.
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“Je n'aime pas ce genre d'hommes, ils cherchent une approbation entière tout en ordonnant …“
En 1914 la suprématie du grade ne suffit plus à certains officiers pour imposer leur autorité. Dans leur façon de commander, ils recherchent l'adhésion de leurs subordonnés pour combler un manque d'assurance. Ici le lieutenant Verbrugge interprète ce comportement comme un défilement de son supérieur par rapport à ses responsabilités. On peut attendre d'un chef des ordres et des consignes précises complètement assumées.
Verbrugge adhère au système qui veut que chacun doit rester à sa place et assurer les fonctions relevant de son niveau hiérarchique. En tant qu'officier subalterne il se considère comme le maillon d'une chaîne qui met en oeuvre la mission, rejettant toute implication dans la décision.
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“Il dissimule mal une certaine impatience à se rendre utile”. (analyse de Verbrugge par son supérieur)
Ceci est en contradiction complète avec le cliché du vieux baroudeur blessé par la guerre et complètement blasé. Normalement dans les histoires le héros expérimenté se fait prier, ” Il revient aux affaires à l'insu de son plein gré …” La qualité première d'un héros dans une histoire est l'humilité, le héros ne se met pas en avant, ne cherche pas la reconaissance, il incarne la sagesse et la raison …
Ici nous apprenons que notre personnage principal demande à reprendre du service actif. Verbrugge est un engagé volontaire. Il n'avait pas de métier et d'activité précise. la guerre lui a certainement donné un rôle et un sens à sa vie. Son obéissance et son adhésion à la guerre peuvent aussi avoir pour origine aujourd'hui le traumatisme vécu dans les tranchés qui le rend inadapté à la vie de l'arrière.
L'auteur nous montre qe l'obéissance peut répondre à un besoin comme elle peut aussi représenter pour certains une fuite ou un refuge.
Dans la description de états de service de Verbrugge , on note que l'armée surveillait de très prés le passé des combattants et particulièrement des officiers. Les hommes engagés sur le lan social ou politiques étaient perçus comme de réels dangers. Fort de l'expérience russe, les militaires avaient peur de tous les activistes qui auraient pu manipuler ou influencer la troupe.
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Ici la femme du bourreau décide pour son mari, elle est sensible à la façon dont est présentée la mission. Les papiers officiels confèrent un degré d'importance et une reconnaissance pour son mari (et sa famille). La manipulation des egos permet aussi de se faire obéir.
Obéir pour être reconnu.
Comme on l'a déjà vu dans cet album, l'auteur ici déconstruit les clichés selon lesquels les combattants aguerris ne faisaient pas de zèle. Pour les raisons vues précédemment, les deux officiers refusent que leur supérieur remette en cause la mission prétextant une amélioration de la situation sur le front.
L'auteur nous montre ici la complexité du lien hiérarchique. En échange de l'implication du commandant Boucharon dans leur mission délicate, le général lui donne un “tuyau” pour obtenir des avantages d'avancement de carrière. Subordonné et Supérieur doivent cohabiter. ils intaurent des règles donnant / donnant (appelées aussi les retour d'ascenceurs) qui respectent les intérêts des deux parties.
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On retrouve ici un exécutant qui revendique son obéissance. Il se retranche derrière l'ordre reçu pour éviter toute remise en cause ou responsabilité dans l'acte accompli. il s'empresse même d'en attribuer la responsabilité à son chef.